Troupeau de chevauxNote : Cet article invité a été rédigé par Gaëlle Dobignard de cheval-facile et attelage-facile.

Lorsque l’équitation, et plus précisément le cheval, devient une passion, on ne vit plus que pour cela, avec l’obsession incessante de vouloir en faire son métier, pour être à 100 % en immersion dans ce milieu bien particulier.

Mais lorsque la passion devient profession, l’on s’aperçoit après quelques mois, voire quelques années, que le plaisir se transforme peu à peu, insidieusement, en contrainte.

Le cheval porteur de bonheur

Ce loisir, qui était de prendre du temps pour le passer avec son animal favori, et s’ouvrir ainsi une porte vers un monde de sensations et de bien-être, devient peu à peu une contrainte économique : les chevaux d’instruction doivent rester performants, les chevaux de sport doivent être toujours meilleurs, les chevaux de propriétaires ne vont jamais comme ces derniers le souhaiteraient ! Il ne reste alors plus que les poulains à l’éducation, avec lesquels j’ai pu conserver ce plaisir de communication et de communion, qui fait que l’on oublie tout le reste, l’espace d’un instant.

Parce qu’un cheval c’est merveilleux, si l’on veut bien l’écouter, le comprendre, et entamer un dialogue avec lui. Il nous ouvre les portes d’un monde secret, dans lequel je ne me lasse jamais de replonger. Un monde de bonheur et d’harmonie, où les maîtres mots sont rigueur, justesse et maîtrise de soi. Un monde où je sais pouvoir me ressourcer, car chaque séance m’apporte une paix et un bien-être intérieurs. Le cheval nous aide à devenir meilleurs dans de nombreux domaines, mais encore faut-il l’écouter !

Il reste à ce jour, un outil formidable, mais trop méconnu !

Le cheval, reflet de mon être

Lorsque l’on a la possibilité d’être pleinement disponible (mentalement) pour passer un instant avec un équidé, c’est un moment unique et magique qui va se mettre en place, à chaque fois.

Le cheval est un être extrêmement sensible, doté d’une intelligence et d’émotions parfaitement perceptibles.

À tel point, qu’il est instantanément mon reflet, tel un miroir :

Si je suis calme et détendue, il sera apaisé.

Si je suis pensive et préoccupée, il sera également distrait.

Si je suis inquiète ou stressée, il va ressentir un sentiment de crainte.

Si je suis fatiguée, il manquera aussi de vitalité.

Si j’ai de l’énergie et de la joie en moi, mon cheval sera gai et joueur à mes côtés.

Si je suis triste, il viendra mettre son nez vers mon visage et souffler de l’air chaud dans mon cou !

Etre bien avec un cheval
J’aime ces instants magiques entre mon cheval et moi, comme une pause dans le temps.

Avec un peu d’expérience en observation, il est facile de dire si un cavalier est stressé, énervé, enjoué ou détendu, simplement en observant les réactions de son cheval ! C’en est même parfois déroutant au début, tellement les faits sont réalistes.

Comme tous les cavaliers, j’aime être en selle ou en attelage, mais ce que j’affectionne depuis toujours, c’est de partager quelques minutes de complicité parfaite lors de jeux à pied, d’apprentissage, ou simplement de m’asseoir dans le pré et les regarder vivre, en attendant que leur curiosité naturelle les emporte jusqu’à moi. J’ai relaté récemment dans un texte émouvant comment j’ai partagé des moments intenses avec mes petits poneys, lors d’épreuves équestres en attelage (Lire cet article).

Le cheval et la communication

Communiquer avec cet animal implique d’être à 100 % disponible, mais c’est aussi l’assurance d’une parfaite séance, riche en sensations, en émotions et en satisfactions. Un bien-être assuré et réciproque.

Trop de personnes passent malheureusement, encore aujourd’hui, à côté de ces choses toutes simples et accessibles, mais pourtant fondamentales à une bonne relation.

Le dialogue s’instaure au début principalement par des codes gestuels et des intentions. Il est possible d’utiliser la voix en complément, mais ce n’est pas nécessaire ; les chevaux ne hennissent que rarement (à part au cinéma ou à la télévision), car ce n’est pas leur mode de communication privilégié.

À un degré de pratique plus élevé, la communication deviendra intuitive, le cheval étant capable d’interpréter le moindre regard et de lire nos pensées comme dans un livre ouvert.

C’est fascinant un cheval, si on lui accorde le temps de nous apprendre tout cela !

Poneys dans la neige
Troupeau de poneys exprimant leur bien-être d’être au pré, en jouant ensemble.

Nous, humains, préférons parler et écrire pour nous faire comprendre. Notre rythme de vie, régi par des impératifs économiques toujours plus nombreux, nous éloigne (pour la grande majorité d’entre nous) de la nature, des animaux, et nous en oublions même d’observer ce qui nous entoure. Alors, prendre le temps d’observer un cheval, pour déceler les signaux qu’il nous envoie, et tenter d’entrer en communication avec lui par les gestes et le toucher, relève de l’illusoire ! Ce serait plus simple, pour les générations actuelles si le cheval répondait automatiquement à une télécommande, tout comme un jeu vidéo, ou un téléphone portable !

Plus simple peut-être, mais moins gratifiant, valorisant, épanouissant et enthousiasmant !

Le cheval incite à prendre le temps

Quelles que soient les actions, même simples, que nous effectuons dans la vie courante, pour les réaliser correctement dans un temps minimum (soit efficacement), il faut être concentré sur la tâche concernée. Cela, nous le savons tous, et pourtant souvent, nous n’agissons pas ainsi. Nous travaillons en écoutant la TV, la musique ou un collègue, nous discutons, recevons des e-mails ou des appels téléphoniques, nous entamons plusieurs choses de front, etc.

Lors d’une conversation avec un interlocuteur, c’est la même chose : nous devrions être concentrés uniquement sur ses paroles, et pourtant notre esprit vagabonde en pensées diverses, lorsque ce ne sont pas nos mains qui font autre chose ! Prenez le temps de vous observer, et vous ferez ce constat sur vous-même également !

Heureusement, ou malheureusement (tout dépend de quel côté l’on se place !) dans 80 % des cas notre interlocuteur nous en tient peu rigueur.

Reproduisons cette situation avec le cheval comme interlocuteur : mes mains le caressent et mes pensées sont ailleurs. L’animal va très vite se désintéresser de moi, et se remettre à brouter ou aller chercher un meilleur compagnon de partage. Nous allons facilement dire alors que c’est frustrant de voir notre ami s’en aller !! Et que devrait-il dire, lui alors ? Je n’ose imaginer à cet instant ce qu’il pense de moi, de mon comportement inapproprié et injuste ! Je ne suis tout simplement pas digne de son intérêt et de sa confiance.

Imaginons maintenant que mon esprit se concentre sur les endroits où le cheval aime que je pose mes mains pour le gratter. Il va alors se contorsionner de bien-être pour que je poursuive cette séance de massage, en m’indiquant très clairement où et comment c’est le plus agréable pour lui. Ces mimiques parfois comiques sont très explicites et l’on ne peut se tromper en interagissant avec lui de la sorte. Je l’observe et il me guide pas à pas. Être pleinement consciente que je lui procure autant de réconfort et lui apporte un moment de bonheur me remplit également de joie et de quiétude. C’est un moment de partage simple, unique et facile.

Complicité avec les chevaux
Quand le cheval réclame le dialogue, c’est un moment unique.

Le cheval et vous !

Oser se « déconnecter » ainsi du monde extérieur quelques minutes, voire quelques heures, apporte une satisfaction décuplée de toutes les sensations. Vivre pleinement le moment présent, ici et maintenant.

Et le cheval nous offre cette possibilité gratuitement ! Alors, pourquoi s’en priver ??

Qui plus est lorsque cela est accessible à tout le monde, propriétaire ou non d’un tel animal. Les poneys et chevaux des centres équestres apprécieront un moment de partage depuis la porte de leur box, le cheval du pré voisin ne demande peut-être qu’un peu de compagnie également ; bref il y a toujours un équidé pas très loin de chez soi !

Quelques conseils pratiques pour un moment de partage réussi :

  • Laisser votre téléphone chez vous, dans la voiture, ou éteint dans votre poche (les chevaux détestent les téléphones).
  • Oublier le temps d’un instant vos soucis et préoccupations actuels, pour ne regarder que l’animal.
  • Observez-le attentivement, il en fait de même !
  • Placez vos mains sur la tête, l’encolure (= cou) ou le dos, et commencez à exercer de petites pressions avec les doigts.
  • Observez l’attitude générale du cheval :
  1. Semble-t-il tendu (la tête haute et le regard fixé au loin, prêt à bouger) ?
  2. Ou agréablement détendu (la tête à hauteur de son corps, les muscles des paupières relâchés, ne souhaitant pas s’en aller d’où il se trouve) ?
  • Regardez attentivement son œil et la zone nez-bouche :
  1. Les yeux qui clignent sont signe d’acceptation et de décontraction.
  2. Les frémissements des lèvres, les mouvements de langue, soupirs ou bâillements, sont signe de bien-être.
    Oeil de cheval
Observer l’œil d’un cheval vous en apprendra beaucoup.
  • Laissez-vous guider par le cheval qui vous parle, et laissez vos mains se promener sur le poil, palper la peau, masser la chair de cet animal qui accepte de partager un moment simple de bonheur avec vous.
  • Soyez pleinement avec lui durant cet instant magique, et appréciez-le à sa juste valeur.

Pour plus d’information à ce sujet, vous pouvez consulter cet article écrit récemment, il vous aidera à mieux cerner cet animal fascinant : « apprendre à lire le cheval ».

Un cheval pour progresser

Comme mentionné en début de cet article, le cheval est capable de savoir ce à quoi je pense, souvent bien avant que j’en aie moi-même pris totalement conscience !! De ce fait, interagir avec lui, m’oblige à me concentrer uniquement sur notre relation.

Il me donne à chaque instant, un retour précis d’image me concernant, à la façon d’un miroir. Il m’oblige ainsi à contrôler mes émotions et mes sentiments, en permanence.

On dit souvent que l’homme apprend au cheval, je crois plutôt que c’est le cheval qui nous enseigne la maîtrise de soi et la justesse de nos actions ! Avec l’art et la manière d’un professeur de yoga ou d’un coach en développement personnel !

À nous d’avoir la sagesse de l’écouter, de l’observer, et d’en retirer les plus beaux enseignements.

Conclusion

Lorsque j’ai partagé avec l’un de mes équidés un tel moment d’osmose, je me sens bien et heureuse pour plusieurs heures ensuite (Vous pouvez à ce sujet consulter aussi l’article où j’explique la joie et le bonheur de simplement poser mes fesses sur ma jument, après des mois d’arrêt).

J’espère tout simplement et modestement, par le biais de cette publication, permettre au plus grand nombre de profiter de ces expériences enrichissantes.

Et je remercie au passage tous les formateurs équins qui m’ont appris au fil des années à devenir meilleure, plus posée, réfléchie et plus juste ; et qui me permettent toujours aujourd’hui de me remettre régulièrement en question !

Merci à vous, chevaux, ânes et poneys que j’ai plaisir à côtoyer.

Et merci à Olivier de m’autoriser à publier cet article sur son blog ! 😉

Gaëlle des blogs cheval-facile et attelage-facile.

Crédits Photos : Gaëlle Dobignard.

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etre zen avec son cheval

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4 commentaires on Quand le cheval me guide…

  1. Claire dit :

    Merci Gaelle pour ce bel article ! Vivre l’instant présent c’est rentrer dans la gratitude !
    Se reconnecter à la nature, à la beauté d’un animal, d’une fleur, d’une branche c’est simple et bon ! Et ces instants de communion que tu décris avec les chevaux c’est tout juste magique ! Soleil au coeur !

  2. lauyaelle dit :

    Quelle surprise de voir un article de Gaëlle, que je viens de découvrir avec son blog cheval-facile, il y a peut-être une semaine, et que j’ai beaucoup apprécié : Coïncidence ???…
    En tout cas, merci pour cet article, dans lequel je me retrouve totalement. Je vis tout à fait ces instants de total bonheur avec mon cheval, de déconnexion avec la “vie quotidienne” et ses tracas, et de connexion avec l’instant présent. Je ne vois absolument pas passer le temps lorsque je suis avec mon cheval, lorsque cela fait (déjà) 1 heure que je suis avec lui à le préparer avant de me mettre à cheval, ces instants où il ne bouge plus quand je lui caresse le dessus des yeux ou derrière les oreilles, les yeux mi-clos… J’ai énormément appris sur moi depuis 3 ans, grâce à lui et au yoga. Merci à Gaëlle pour cet article, et merci à Apache pour ces instants de pur bonheur !!!…

  3. Harcourt Béatrice dit :

    Mais oui, c’est vrai, c’est difficile à croire mais le cheval vous sort de l’espace temps, quand on est à cheval, par exemple, impossible de penser à autre chose et c’est vrai que cela ressemble au bonheur !

  4. Gaelle dit :

    bonjour à tous et à toutes,

    Effectivement la vie est parfois courte, et il faut profiter de ce qu’elle nous apporte chaque jour en se concentrant sur le meilleur. Nous ne savons pas de quoi est fait demain, alors pourquoi repousser au lendemain ce que l’on peut faire d’agréable aujourd’hui ?

    Vivez pleinement l’instant présent, et si c’est grâce au cheval, tant mieux pour lui, car il aime vous faire plaisir et vous voir souriant(e).

    Ce matin, au lever du soleil, les pieds dans l’herbe givrée, j’ai caressé et gratté longuement mon vieux poney de 31 ans, qui n’est plus très en forme. Je sais que ces jours sont comptés, et les moments que nous partageons sont uniques. Ces quelques instants où nous nous apportons du bonheur mutuellement me mettent en forme pour le reste de la journée. 🙂

    N’attendez pas demain pour être heureux 😉

    Bonne journée ensoleillée à tous et à toutes
    Gaëlle

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