Note : cet article est une traduction de l’article My Struggles with Eating Boring Food de Léo Babauta. C’est donc lui qui s’exprime dans le “je” de cet article !

Sans saveurMon mois sans récompense alimentaire, qui était mon défi du mois dernier dans le cadre de mon Année à Vivre Sans, a été un succès enthousiasmant.

Enfin, un succès si l’idée était que j’apprenne de mes échecs.

Ce qui fut le cas. Je ne m’attendais pas à m’en sortir parfaitement, mais à voir ce qui arrive quand j’essaye de faire sans toute sorte de nourriture-récompense : rien de salé, de sucré, de frit, etc. J’ai mangé la même chose tous les jours : des patates bouillies sans sel, du seitan sans assaisonnement (généralement préparé au micro-ondes), des shakes aux protéines végétales non aromatisés, et des légumes. Mon exception quotidienne était un verre de vin le soir, et j’avais un jour d’exception prévu chaque semaine.

Cela s’est plutôt bien passé les premières semaines ; j’ai triché quelques fois pour diverses raisons, et même si j’ai lutté de temps en temps, la plupart du temps j’ai réussi à tenir le défi.

Puis nous avons emménagé dans une nouvelle maison ; cela a pris plusieurs jours de faire les cartons (je m’en suis bien sorti pendant la phase d’empaquetage), puis une grosse journée de déménagement suivie de plusieurs jours à ouvrir des cartons, déplacer des meubles, accrocher les peintures, réparer les petites choses cassées, etc. C’était éreintant et mes réserves de self-control ont été vidées et je n’ai pas assez bien planifié ma nourriture, ce qui fait que j’ai simplement mangé ce qui me tombait sous la main.

Puis ma tête est sortie du jeu, et je n’ai simplement pas réussi à me remettre sur les rails, donc j’ai abandonné un peu avant la fin du mois.

Mais j’ai quand même beaucoup appris, et je suis vraiment heureux de l’évolution de certaines de mes compétences.

Voici ce que j’ai appris :

  1. Nous sommes tellement habitués à tirer plaisir de la nourriture que c’est déprimant quand vous supprimez ce plaisir. Vous ne réalisez pas cela tant que vous ne supprimez pas la nourriture-récompense, mais nous nous attendons réellement à tirer une sorte de bonheur de notre nourriture. Je pense que c’est une des raisons pour lesquelles nous avons des problèmes de poids, maintenant que j’ai observé cela. Quand la nourriture n’apporte aucun plaisir, nous ressentons du manque, nous sommes malheureux, nous avons la sensation qu’il nous manque quelque chose d’important. Pensez à cela : si vous pouviez seulement manger de la laitue sans goût pendant un mois, et rien d’autre (en laissant de côté les problèmes nutritionnels) ? Vous vous rebelleriez probablement, ou vous seriez déprimé. Cela a été un peu déprimant pour moi pendant une semaine environ.
  2. Je peux m’adapter à n’importe quoi. C’est incroyable, mais au bout d’une semaine environ, ma nourriture sans goût avait bon goût. Je ne bondissais pas de plaisir, mais je ne pensais plus que c’était dégoûtant ou ennuyeux ; il y a juste eu un problème quand j’ai eu le choix de manger de la nourriture qui fait plaisir. Mais mon adaptation à cette nourriture sans goût m’a vraiment surpris, même si je me suis adapté comme ça de nombreuses fois au cours des 8 dernières années.
  3. Je renégociais constamment. Quand il y avait de la nourriture goûteuse pas loin, mon esprit voulait en avoir, et il travaillait vraiment pour tenter d’en avoir. J’allais souvent chercher cette nourriture sans y penser, puis je m’arrêtais avant de la manger, puis je trouvais des raisons pour lesquelles ce n’était pas grave juste pour cette fois, puis je me disais que ce n’était que de la rationalisation, puis arrivait une nouvelle rationalisation, puis je me débarrassais de celle-ci aussi, puis je me disais pourquoi pas une petite bouchée, ça ne ferait pas de mal si ? Et donc il y avait une lutte constante qui se déroulait dans mon esprit. Je trouvais cela fascinant. Cela m’a demandé beaucoup d’énergie de gagner.
  4. Je mettais fin aux négociations quand j’étais fatigué. Les fois où j’ai triché ont presque toujours été quand j’étais fatigué physiquement et mentalement. Si j’avais une longue journée, et que j’étais épuisé, je voulais simplement manger quelque chose, et je lançais le processus de négociation, mais j’abandonnais parce que je n’avais pas l’énergie de me battre. Et alors je me sentais coupable.
  5. J’ai des rationalisations récurrentes. Certaines des choses que peut dire mon esprit pour obtenir ce qu’il veut : ce n’est pas grave juste pour cette fois, personne ne le saura, tu mérites cette récompense, juste un peu ça ne fera pas de mal, tu as besoin d’une pause, cela va avoir super bon goût, si tu triches cette fois tu peux être plus discipliné pour le reste de la journée, ce n’est pas très important que tu t’y tiennes ou pas, tu devrais simplement arrêter parce que c’est trop difficile, pourquoi est-ce que tu te fais souffrir, c’est bien pire que ce à quoi tu t’attendais, pourquoi pas ?
  6. Je n’étais pas totalement engagé. J’ai réalisé que les négociations constantes se produisaient parce que je n’étais pas vraiment engagé. De façon incroyable, me dire que je vais faire quelque chose en face de centaines de milliers de personnes sur ce blog n’est pas un engagement total pour moi. Je pensais vraiment que ce serait le cas, mais les négociations mentales m’ont montré que non. Si les vies de ma femme ou de mes enfants étaient en jeu, il me serait impossible de simplement penser à briser mon engagement. Il n’y aurait aucune négociation.
  7. Je pourrais m’engager davantage. J’ai en fait essayé de me dire que mes enfants mourraient si je mangeais de la nourriture tentante. Et de façon incroyable, cela a fonctionné pendant une journée. Le lendemain j’ai oublié de réessayer, mais pendant une journée cela a vraiment fonctionné, même si je savais que c’était faux. Un autre jour, je me suis engagé auprès d’Eva de ne pas boire de vin le soir si j’avais triché ce jour-là, et cela a fonctionné aussi. Mais alors je ne me suis pas réengagé pour le jour suivant. Donc j’aurais vraiment dû faire passer mon engagement à un plus haut niveau si j’avais voulu m’y tenir, mais je ne l’ai pas fait parce que je pense que je ne voulais pas vraiment m’y tenir parfaitement.
  8. Les distractions aident. Quand mon esprit commence à vouloir quelque chose, je peux me distraire pendant un moment et ne pas y penser. Mais je dois me souvenir de me distraire.
  9. Être occupé ou avec d’autres personnes aide. Les jours où j’avais beaucoup de choses à faire, ou quand je retrouvais d’autres personnes, je n’ai même pas pensé à la nourriture tentante. Je me tenais simplement à ce qui était prévu. C’était quand j’étais fatigué ou seul toute la journée que les choses se sont corsées, parce que pensais bien plus souvent à la nourriture.
  10. Je suis devenu meilleur pour voir les schémas de mon esprit. Vers la fin, après des semaines d’observation de mon esprit, je finissais par voir les schémas mentaux aussi tôt qu’ils commençaient. Les schémas de « tu devrais aller prendre un fruit, non tu dois respecter le plan, non c’est pas grave pour cette fois, non c’est grave, oui juste un peu ça ne fera pas de mal », et ainsi de suite. Je voyais ce schéma, et ce n’était pas « Oh, c’est intéressant », mais plutôt « Oh, encore ça. » En fait je me suis lassé que mon esprit fasse la même chose encore et encore.
  11. Si j’ai vu les schémas, je n’ai pas pu m’en débarrasser. Une fois que je voyais le schéma se présenter, je pouvais simplement dire « Ok, y en a marre de ça » et passer à quelque chose de plus intéressant. C’est quand je n’étais pas conscient de ces schémas qu’ils avaient réellement de l’influence sur mes actions.
  12. Une fois que je suis sorti du jeu, il est difficile d’y revenir. Une fois j’ai fait une grande pause de plusieurs jours loin de cet engagement sans goût, j’ai essayé d’y revenir mais je ne le sentais pas trop. Je n’étais pas motivé. C’est donc une bonne leçon pour l’avenir : si vous vous laissez faire une pause dans votre défi, vous aurez peu de chances d’y revenir.
  13. Avoir plusieurs défis en cours en même temps rend chacun d’eux plus difficile. Je prêche tout le temps « Un changement à la fois » sur ce blog, mais je brise souvent cette règle personnellement. Et chaque fois que je le fais, je réalise à quel point c’était une erreur. J’avais ce défi Sans récompense alimentaire du mois dernier, mais dans le même temps j’essayais aussi de suivre un programme d’entraînement et un programme alimentaire mis en place par un ami entraîneur. Et de travailler sur un projet majeur de livre, de déménager, de faire un discours, de préparer un grand voyage d’été à Guam et au Japon, etc. Avoir tout cela en même temps a rendu chacun de ces éléments plus difficile – je n’ai pas suivi mon défi, et en fait j’ai échoué dans l’autre programme alimentaire (même si j’ai tenu côté entraînement), et j’ai un peu lutté avec mon projet de livre. Je me suis bien débrouillé avec les autres trucs mais je ne peux pas exceller dans tout à la fois.

Cela fait beaucoup de choses à apprendre en un mois, et je considère que c’est un succès.

Lisez aussi à propos de mon mois sans procrastination en cours, qui est le dernier mois de mon Année à Vivre Sans.

Crédits photo : © Linus – Fotolia

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Je suis juste ici pour la nourriture, plus aucun plaisir a manger

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9 commentaires on Comment j’ai lutté pour manger de la nourriture sans saveur

  1. Vincent dit :

    J’ai lu avec interêt cet article mais je me pose une question : quel est l’intérêt de supprimer les aliments sans saveurs ?
    En effet il cite l’exemple de la laitue mais si on me propose une laitue avec du gout et une sans gout avec la meme teneur nutritionnel je ne vais pas réfléchir à deux fois et choisir la deuxième. Je trouve cet état d’esprit manichéen et tortueux de se priver des plaisirs de la vie. Nous avons un sens développé, le gout, ce n’est pas pour rien. Par contre si c’est une façon à lui de faire un régime sans sel ou sans sucre il y a d’autres possibilités comme ne pas boire de vin déjà, manger équilibré et faire du sport.

  2. Aline dit :

    Ah, quel horrible article !!! quelle horreur de se faire souffrir comme ça : pourquoi se priver de bonnes choses ? Léo Babauta est-il un homme obèse qui a besoin de perdre des kilos de façon draconienne, mais je trouve ça effrayant : d’accord avec Vincent : je trouve aussi ça manichéen et tortueux. Personnellement je ne me prive de rien de ce que j’aime et je pèse toujours entre 46 et 48 kg. Je crois que la forme du corps doit dépendre de beaucoup de facteur et pas que de la nourriture. Mais oui, on a le sens du goût, c’est bien fait pour le développer : c’est vrai que j’ai supprimé les boissons sucrées depuis petite parce que j’ai réalisé que ce n’était pas naturel de boire du sirop, et j’aime bien les aliments naturels et cuisinés par mes soins. Mais je choisis des aliments qui me font plaisir au goût. Autrement, ça ressemble à un régime de cancéreux de l’estomac prêt à se faire opérer.

  3. Anonyme dit :

    Je ne me priverai pas de nourriture par défi! Mais depuis quelques temps, j’ai décidé de ne plus manger de produits laitiers car ils me mettent le ventre en piteux état, mais pour une accro au lait c’est difficile, franchement je suis frustrée… Du coup je me rabats sur d’autres aliments, mais ceux-là sont bien souvent trop sucrés… J’essaie de me distraire, mais quand les autres se régalent de fromage, gratins, c’est plus dur qu’il n’y parait… Bref, la volonté ma manque, je ne sais trop où la puiser! Seul le sport m’aide, ou le yoga, mais après une dure journée, l’envie disparait (pour le sport, pas pour manger)!

  4. monique boissonneault dit :

    A mon tour de questionner ce défi. Je lis toujours vos billets avec grand plaisir et j’y trouve beaucoup d’échos intéressants. Pourtant, vis-à-vis celui-ci, je reste songeuse et j’ai, moi aussi, envie de demander quel est le sens de cette souffrance volontaire. Mais bon, je vous lirai encore demain et après-demain car vos idées m’intéressent, votre écriture est fluide et c’est un de mes petits plaisirs du matin ( je suis en Amérique) …et puisque j’ai lu les mots  » voyage au Japon »,mon grand rêve, j’ai vraiment très hâte à ce récit.
    Bonne journée et que le vent de la vie vous soit doux!

  5. Hélène dit :

    Et en quoi est-ce important de renoncer à la nourriture-récompense ?
    Tant que l’on ne prend pas de poids et que l’on mange équilibré…

    Pour ce que l’on apprend sur soi-même lorsqu’on améliore le contrôle sur l’un ou l’autre aspect de sa vie, je vous rejoins.

  6. Chevalier dit :

    Manger des aliments sans saveur, c’est ramener la nourriture à son rôle initial : apporter de l’énergie au coprs, sans en être dépendant par rapport au plaisir. En France, on sait ce que c’est le plaisir de manger !
    Pour moi cet exercice permet de redécouvrir la fonction de manger, et de passer à l’étape suivante qui est de manger en se faisant plaisir sans tomber dans l’addiction : »il me faut du fromage sinon ce gratin de pates n’est pas bon ! »
    Et oui, mesurer à quel degré on en dépendant de certains aliments, c’est peut-être de la souffrance au départ, mais ça permet de mieux se connaître, et de mieux gérer nos frustrations.
    Prendre plaisir, c’est obtenir quelque chose en plus dans notre vie sans que cela devienne une nécessité !

  7. Nathalie dit :

    Que de chanceux et/ou privilégiés de se lancer de tels défis.
    Personnellement, j’ai été contrainte il y a quelques années de ne manger que des spaghettis pendant presque un mois à chaque repas, sans aucun assaisonnement. Sachant que je ne digère pas les pâtes et que je n’en mange pas plus d’une à deux fois par année, j’ai honte d’une telle phase dans ma vie qui m’a fait me sentir lourde et m’a d’ailleurs rendue plus lourde. Contrairement au défi d’Olivier Léo, je ne retiens rien d’autre de cette phase.

  8. val dit :

    Merci pour cet article. Le but est évidemment de mieux se connaître, de comprendre en observant les méandres de notre esprit, comment les lecteurs ne le comprennent-ils pas ? C’est là l´objet du blog, cette «souffrance» ou torture ne sont pas si horribles, on apprend toujours quelque chose en période de privation, ce que nous, Européens gras et lovés dans le confort ne pouvons concevoir. Bravo pour ce travail et cette inspiration.

  9. Gilles_G dit :

    Waouh ! Cet article est vraiment passionnant… par rapport aux goûts des aliments, cela me fait penser à plusieurs anecdotes : j’ai déjà testé un dentifrice ignoble au goût et c’était marqué sur l’emballage : il vous paraît horrible pendant une semaine à 10 jours et au-delà il a un bon goût ! ! ! C’est assez surprenant surtout que c’est marqué dessus mais vous n’y croyez pas au début. Ensuite au niveau des manifestations du mental c’est tout simplement génial ! Il nous parle de son dialogue intérieur et des stratégies inconscientes sous-jacentes qui tentent de faire contrebalancer ses décisions à un niveau conscient… de plus il semble que le changement d’alimentation est aussi un impact sur sa manière de penser. Déroutant !

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