Note : cet article est une traduction de l’article A Guide for All of Us: Getting Good at Storytelling & Other Superhuman Social Skills de Léo Babauta. C’est donc lui qui s’exprime dans le “je” de cet article !

Vie socialeAvouons-le : pour la plupart nous ne sommes pas d’incroyables ninjas sociaux, bons pour évoluer dans n’importe quelle situation sociale, sans parler du fait de raconter une histoire captivante face à une foule en restant à l’aise.

Ce serait super s’il y avait un manuel qui nous apprenait les compétences sociales les plus importantes pour être bon en soirée, pour parler aux étrangers, pour se faire des amis incroyables.

Heureusement pour nous autres perdants, mon ami Tynan a écrit un nouveau livre, Superhuman Social Skills (Compétences sociales surhumaines, ndt), et honnêtement je trouve que ce bouquin est fantastique.

J’ai demandé à Tynan si je pouvais l’interviewer au sujet de certaines compétences sociales dont il parle, y compris celle que je trouve la plus utile et fascinante : le storytelling, raconter des histoires.

Q : Selon toi, qui a besoin d’aide dans ses compétences sociales ?

R : Je pense que nous pouvons tous améliorer nos compétences sociales d’une façon ou d’une autre. Pour certaines personnes cela pourrait être un problème de rendements décroissants, mais je pense que ce n’est pas le cas de la plupart d’entre nous.

Comme on ne nous apprend pas les compétences sociales dans les voies d’enseignements traditionnelles, que ce soit l’école ou nos proches, la plupart des gens ne travaillent pas activement sur leur amélioration. Cela signifie que beaucoup d’entre nous avons une énorme marge de progression, sur laquelle nous pouvons capitaliser via un apprentissage proactif.

Q : Pourquoi est-ce que c’est un problème aussi difficile à résoudre ?

R : On a la sensation que les compétences sociales sont davantage des aspects personnels innés que des compétences qu’on peut apprendre, comme jouer du piano. Il y a beaucoup d’ego qui entre en ligne de compte. Vraiment s’améliorer nécessite souvent un niveau d’humilité qui peut être inconfortable.

Un autre effet de cet inconfort est que les gens ne parlent pas de leurs compétences sociales. Si vous et moi apprenions tous les deux la programmation, nous parlerions de nos défis et partagerions des ressources. Mais avec les compétences sociales, vous ne voyez pas vraiment ce genre de partage.

Q : Comment est-ce que tu as résolu cela ? Quels changements as-tu vu dans ta vie suite à cela ?

R : La première grande étape pour moi a été de m’engager dans la communauté des « pick-up artists ». J’étais un nerd introverti qui n’avait aucune idée de la façon dont il fallait s’y prendre avec les femmes, et cela m’a poussé à être plus humble et à développer mes compétences sociales en partant de zéro.

J’étais concentré sur le fait d’obtenir et de réussir mes rendez-vous, mais j’aurais pu bénéficier d’améliorations dans d’autres domaines, comme se faire des amis ou interagir avec ma famille. Mon expérience de pick-up artist m’a aidé à voir les compétences sociales comme une chose qui pourrait être améliorée, et j’ai commencé à voir les choses comme se faire des amis, raconter des histoires, et interagir avec mon groupe d’amis avec la même lentille analytique.

Q : Il y a des tas d’astuces dans votre vie. Par où commencer ?

R : Je pense que cela varie d’une personne à l’autre. Nous avons tous nos forces et nos faiblesses, et la distribution de ces forces et faiblesses pourrait sembler assez uniforme. Mais pour quelqu’un qui n’a pas une bonne idée de ses faiblesses, je suggèrerais de travailler soit sur le storytelling soit sur l’identification de ses mauvaises habitudes. Le storytelling est une compétence universelle qui peut avoir un impact énorme sur les autres, et les mauvaises habitudes font souvent la différence entre une amitié qui naît ou ne naît pas.

Q : Sans dévoiler le contenu du livre, peux-tu partager quelques astuces pour devenir un meilleur storyteller, un meilleur conteur ?

R : Je ne suis pas sûr d’avoir jamais rencontré quelqu’un qui fait des histoires trop courtes. J’en ai rencontré beaucoup qui racontent des histoires bien trop longues. C’est amusant de raconter une histoire, donc nous avons tous tendance à savourer cela et à le faire durer aussi longtemps que possible. Pourtant, en réalité c’est mieux de raconter aux gens les morceaux juteux d’une histoire puis de passer à autre chose. Ils le demanderont toujours s’ils veulent plus d’informations.

Dites-en le minimum dans l’introduction, faites monter la tension, puis frappez-les avec les retombées de cette histoire. Souvenez-vous que si vos histoires sont trop longues, que ce soit à cause des tangentes, des répétitions, ou de trop de détails, les gens ne voudront plus entendre d’autres histoires à l’avenir parce qu’ils craindront que vous n’arrêtiez jamais de parler.

D’un autre côté, si vous faites toujours en sorte que vos histoires soient courtes et agréables, on vous demandera d’en raconter d’autres.

Q : Quelles sont les mauvaises habitudes les plus récurrentes chez les gens, et dont ils n’ont peut-être même pas conscience ? Comment est-ce que quelqu’un prend conscience de ses mauvaises habitudes ?

R : Je pense que les mauvaises habitudes les plus communes viennent d’une incompréhension du flux naturel de la conversation. Je suis toujours surpris par le nombre de gens qui dominent les conversations sans recevoir la moindre indication que l’autre personne est heureuse de simplement rester assise et d’écouter passivement. En règle générale, vous devriez être prêt à remplir n’importe quel temps mort dans la conversation, mais vous devriez permettre à l’autre personne de parler autant qu’elle le veut. Une conversation entre deux personnes perspicaces socialement va toujours être proche d’un temps de parole équitable pour chacun des deux.

Q : Pourquoi est-ce que tu penses que le storytelling est une super compétence sociale ?

R : Les histoires sont les moyens par lesquels nous communiquons nos expériences, et nos expériences nous ont façonnés et nous ont permis de devenir qui nous sommes aujourd’hui. Donc en racontant des histoires, vous communiquez efficacement qui vous êtes en tant que personne, et comment vous êtes devenu cette personne. Pour devenir vraiment ami avec quelqu’un, vous ne pouvez pas vous contenter de partager des faits ou des opinions ; vous devez vous partager vous-même, et la façon de s’y prendre, c’est les histoires.

Q : Si on est nul pour raconter des histoires, comment s’entraîner et devenir bon ? Y a-t-il un moyen de s’entraîner avec ses amis, ou avec des étrangers ? Comment avoir de bonnes informations en retour et s’améliorer rapidement ?

R : Comme pour n’importe quoi d’autre, c’est uniquement une question de répétitions. La clé est de réaliser qu’il n’est pas nécessaire qu’une histoire soit un conte épique qui pourrait finir en film ; il suffit que ce soit une chose qui vous est arrivée.

Pensez à tous les comédiens qui font du stand-up. Ils racontent des histoires amusantes tout le temps, mais le contenu en lui-même n’a rien d’incroyable. La valeur vient du partage de ces histoires. Donc dites à vos amis et à votre famille des choses qui vous sont arrivées. N’importe quoi qui a été amusant, intéressant ou inattendu.

Et si vous n’arrivez pas à trouver une histoire comme ça, racontez simplement des choses ennuyeuses qui vous sont arrivées, et essayez de les rendre intéressantes. J’avais pour habitude de parler aux gens de mes courses à l’épicerie rien que pour m’entraîner à raconter des histoires.

Vous avez déjà des retours positifs à propos de vos histoires, mais vous l’ignorez probablement. L’étiquette sociale implique que tout retour négatif soit transmis en niveaux de gris. Personne ne vous dira que votre histoire est nulle, mais ils changeront gentiment de sujet, vous interrompront, ou montreront des signes de désintérêt en coupant le contact visuel ou par leur langage corporel.

Q : Tu parles dans ton livre de faire une liste de ses histoires préférées de A à Z. Et si on pense ne pas avoir de bonne histoire à raconter ? Est-ce un signe que vous devez changer des choses dans votre vie ?

R : Je pense qu’il serait difficile de vivre vingt ans ou plus sans avoir au moins vingt-six expériences intéressantes à transformer en histoires. En réalité c’est quasiment impossible. Si vous ne pensez pas avoir d’histoires intéressantes, c’est probablement que vous ne comprenez simplement pas ce qui rend une histoire intéressante. C’est 20% de contenu et 80% de transmission de l’histoire.

D’un autre côté, une fois que vous transmettez votre histoire à coup sûr, la plus grande marge de progression vient du contenu. J’ai trouvé que le contenu de mes meilleures histoires vient des voyages et/ou des moments où je suis sorti de ma zone de confort, deux choses que n’importe qui peut faire.

Q : Comment peut-on dire si notre histoire ne passe pas bien ? Il semble que beaucoup de gens racontent des histoires ennuyeuses en pensant que l’autre personne est totalement intéressée, sans être conscients qu’ils parlent d’une voix monocorde. Et si on le remarque, que faire ? Et puis… comment trouver l’équilibre entre raconter une histoire, écouter et ne pas trop parler ?

R : Si votre histoire est vraiment bonne, les gens vont vous regarder droit dans les yeux, montrer des émotions, et poser des questions ou dire des trucs comme « Sérieux ?! ». Si on ne voit pas ces signes, il faut partir du fait que l’autre personne n’est pas intéressée. Cela pourrait ne pas être vrai, mais c’est bien mieux de croire par erreur que la personne n’est pas intéressée que l’inverse.

Il y a un test facile que vous pouvez faire si vous pensez que quelqu’un n’est peut-être pas intéressé : arrêtez simplement de raconter votre histoire. Trouvez n’importe quelle distraction, et servez-vous de cette occasion. Ou dites simplement « Bref, c’est une longue histoire. » Si la personne veut que l’histoire s’arrête, vous venez de lui donner ce qu’elle veut. Si elle veut entendre le reste de l’histoire, elle vous demandera à tous les coups de continuer. Cette technique fonctionne à chaque fois et fait de vous quelqu’un avec qui il est agréable de parler.

Vos histoires devraient être courtes et modulaires. Pas de conte épique avec des millions de tangentes et d’histoires parallèles, uniquement des histoires courtes et concentrées. Racontez une histoire, donnez l’opportunité à l’autre personne de raconter sa propre histoire, changez de sujet, ou posez une question, et si cela ne prend pas, passez encore à autre chose.

En règle générale, vous voulez être aussi flexible que possible, mais laisser l’autre personne être inflexible. Donc si elle veut parler 100% du temps ou 0% du temps, vous la laissez faire et rendez cela aussi agréable que possible.

Q : Disons qu’on entre dans une soirée, ou dans un bar. Comment en arriver au moment où vous pouvez commencer à raconter une de vos histoires à des étrangers ? Je me sens toujours un peu mal à l’aise quand j’entre dans un endroit et que je ne sais pas comment aborder un étranger ou un groupe de personnes et simplement commencer à parler.

R : Une bonne combinaison est : une question couplée à une histoire. Par exemple, disons que vous êtes à la soirée de votre ami Bob. Vous pourriez demander aux gens comment ils ont connu Bob, ce qui est une bonne façon de briser la glace pour tout le monde, puis d’enchaîner avec une super histoire à propos de la façon dont vous vous êtes rencontrés. S’ils se lancent dans leur propre super histoire suite à votre question, vous n’êtes pas obligé de raconter la vôtre, mais s’ils ont une réponse très laconique comme « Oh, on s’est rencontré au travail », vous avez une bonne histoire en réserve.

Presque tout le monde se sent mal à l’aise dans ces situations, mais la plupart espèrent également avoir de supers conversations et rencontrer des gens. En s’entraînant aux compétences sociales et en se préparant à des situations comme celle-ci, vous pouvez en fait devenir une des personnes les moins nerveuses.

Q : Comment passer d’une histoire qu’on raconte à une vraie connexion et à la naissance d’une amitié ?

R : Dans une amitié vous avez besoin d’expériences partagées et de compréhension mutuelle. Les histoires sont un tiers de cette équation ; elles aident votre nouvel ami à vous comprendre. Pour les comprendre, vous devez savoir écouter. Même si l’histoire qu’on vous raconte est vraiment mauvaise, pensez à une opportunité d’apprendre à connaître la personne qui la raconte, avec ses défauts et tout le reste.

Racontez des histoires qui encapsulent une grande part de votre expérience en tant qu’humain, et encouragez l’autre personne à en faire de même. C’est comme cela que vous remplirez le canevas vide dans votre esprit avec des données vous permettant de les comprendre.

Les histoires seules ne peuvent pas créer une amitié, mais c’est un outil important que nous utilisons pour apprendre à nous connaître, et c’est un aspect majeur de l’amitié. Une fois que apprenez à vous connaître l’un l’autre, passez du temps ensemble et créez vos propres histoires ensemble. Ces expériences partagées lient les gens et sont la base d’histoires que vous pouvez raconter aux autres par la suite.

Crédits photo : © psdesign1 – Fotolia

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8 commentaires on Guide pour nous tous : devenir bon en storytelling et autres compétences sociales

  1. Rodolphe dit :

    Super!!!
    Merci pour cet article hyper complet.
    Je m’attelle à travailler tout cela.
    Car le problème de la communication c’est qu’on écoute plus pour répondre que pour comprendre.
    Le fait d’être à l’écoute des autres nous fait prendre de la distance avec ce problème de com’
    Les militaires utilisent des techniques de langage non verbal pour faire du renseignement. Il est très intéressant de creuser de ce côté-là.

    • chiffaut dit :

      pas tout à fait d’accord Rodolphe en ce qui concerne la phrase « le fait d’être à l’écoute… » moi qui suis très souvent à l’écoute, je finis par en avoir marre quand ma meilleure amie monopolise la conversation sur ses histoires de famille dont tout le monde se fiche plus ou moins, et un mari qui est lui de par sa profession d’avocat est toujours sur le devant de la scène et monopolise aussi l’auditoire si bien que je ne peux jamais en placer une… cela devient frustrant et énervant : si quelqu’un peut me donner la solution je suis preneuse !

    • Amandine dit :

      Bonjour Chiffaut,
      Quelques conseils pour mieux vivre les situations où les gens monopolisent la conversation :
      * La fuite : partir faire autre chose (ex : débarrasser la table dans les repas de famille), couper la conversation (ex : « écoute, c’était sympa de discuter avec toi mais je dois aller faire… »)
      * Changer le sujet de conversation (surtout si c’est soulant ou si le sujet est négatif) : en lançant une blague, en parlant du beau temps, des dernières nouvelles, etc.
      * Etre franc : dire honnêtement et avec tact à la personne que tu aimerais qu’elle change de conversation, que c’est plus agréable quand l’échange se fait entre tous
      * Etre super franc : « écoute, je vais être franche avec toi. Je ne me sens pas à l’aise quand tu monopolises la conversation, je ne me sens pas écoutée. Je reparlerai avec toi que quand tu auras décidé de m’écouter/d’écouter les autres »
      * Lancer des piques (dangereux) : faire en sorte que la personne prenne conscience de la situation où elle monopolise la conversation – au risque de ne pas se faire des amis
      A bientôt 🙂

  2. Sié Issa dit :

    Bonjour Olivier,

    Merci pour cet article.

    J’ai aimé cette partie: « Je suis toujours surpris par le nombre de gens qui dominent les conversations sans recevoir la moindre indication que l’autre personne est heureuse de simplement rester assise et d’écouter passivement. »

    Si nous faisions plus attention à ce que les autres ressentent en communiquant avec eux, nos échanges seraient beaucoup plus fructueuses.

    @ Rodolphe
    Je partage ton avis quand tu dis que la plupart des gens écoutent dans l’optique de répondre et non pour comprendre. Je pense que la vraie communication se passe indéniablement par l’écoute active.

    Amicalement,
    Sié

  3. mona dit :

    bonsoir,
    personellement, je n’aime pas trop parler de moi meme, ce qui m’interesse le plus c’est d’echanger des informations scientifiques ou bien culturel avec d’autres personnes, le savoir les connaissances me fascinent enormement, mais cela ne veux pas dire que je suis renfermée sur moi meme, loin de la, je suis comme un camelion, je peux echanger des differents sujets avec beaucoup de monde, et en plus je n’arrete pas 🙂 de bavarder 🙂
    juste une petite question à Rodolphe, la star de ces commentaires, (un salut militaire à toi Rodolphe), tu as mentionné dans ton comentaire « des gestes militaires », je n’ai pas tres bien compris, etant moi meme fille d’un pére militaire, et j’ai passé une grande partie de ma vie dans une base militaire aérienne, à mon savoir, mon pere me parlait et me parle normalement, on n’a pas de garde a vous a la maison 🙂
    merci a tous
    mona

  4. Sylvie dit :

    Les gens qui s’élèvent sont ceux qui sont capables de prendre un recul face à leurs conflits. Malheureusement, peu s’y emploie.
    Ne laissons pas notre instinct de conquête et de domination miner nos relations affectives!

  5. Olivier dit :

    Je suis d’accord avec Rodolphe: « on écoute plus pour répondre que pour comprendre ».
    Autrement dit, on n’écoute pas pour échanger, pour partager, mais simplement pour argumenter. Si ce genre de discussion peut trouver sa justification dans un cadre technique ou scientifique, il n’a pas sa place dans un échange personnel.
    Echanger demande plus qu’écouter. Ou plus exactement l’écoute, de même que la parole, doit être dynamique; c’est une question de respect de l’autre. Et sans respect, il ne peut y avoir de relation vraie et profonde.

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