Cet article invité a été écrit par Virginie, du blog Une chose par jourtrouver la paix relation abusive

Ah ! Si seulement il suffisait de « jeter son conjoint à la poubelle » pour que la vie redevienne belle !

Malheureusement, que ce soit dans notre propre vie ou dans celle de nos proches, force est de constater que se séparer n’est pas la panacée !

Il nous arrive occasionnellement de rencontrer des personnes qui ont divorcé « amicalement », sont capables d’entretenir des relations apaisées avec leur ancien partenaire et prennent ensemble et sans heurts les décisions pour élever leurs enfants. J’avoue, cependant, que ce ne fut pas mon cas et que je n’ai pas rencontré beaucoup de tels exemples « dans la vraie vie ».

Dans la plupart des cas, les divorces sont la concrétisation de nombreux conflits non résolus. Le gouffre entre les partenaires est immense. D’une manière ou d’une autre, nos limites ont été dépassées, notre « moi » a été malmené, quelques fois même, jusqu’à la violence verbale, psychologique ou physique. Nous avons souffert, et nous attribuons aisément la responsabilité de nos souffrances à notre ancien conjoint.

Nous pensons alors que la séparation marque la fin de tout cela. La parenthèse se referme et nous allons pouvoir reprendre notre vie comme avant, comme quand nous étions heureux. Avant.

Et puis le temps passe, et que l’on reste seul ou que l’on fasse des ribambelles de rencontres, la vie pourtant n’est pas plus belle…

L’une se renferme et se jette dans le travail, l’autre multiplie les aventures, un troisième recompose rapidement un couple aussi déséquilibré que celui qu’il a quitté, certains cumulent ces solutions bancales… C’est de l’auto-torture !

Pour retrouver la paix après une relation abusive, nous devrions comprendre que si une parenthèse se ferme, une autre phase commence. Nous ne sommes plus la personne que nous étions avant cette relation et il nous faut nous apprivoiser.

Voici dix actions qui me semblent importantes pour établir les bases d’une relation sereine avec soi-même :

1. Se donner le temps :

S’il est normal d’éprouver un manque affectif à l’issue d’une relation blessante, se jeter à corps perdu dans la première aventure possible est rarement une solution satisfaisante. Nos plaies ne sont pas guéries, pas même désinfectées : jeter un pansement dessus, sans les soigner, ne fait — au mieux — que repousser le problème. Au pire, cela nous conduit à l’infection, à la rencontre avec une (nouvelle ?) personnalité toxique qui saura exploiter nos failles. Ou bien à la fuite en avant, ou encore à la dépression.

Les problèmes conjugaux ne se sont pas installés en quelques semaines et ils sont souvent multiples. Leurs fils se sont embrouillés et forment un nœud compliqué que nous devons prendre le temps de démêler.

2. Comprendre ce que l’on a vécu :

Sans nous accorder le temps de réfléchir à notre histoire, nous commettons parfois l’erreur de nous arrêter à la surface des choses. Pourtant, dans bien des cas, les crises ne sont que le symptôme d’un problème plus profond. L’écueil n’est souvent que la partie émergée d’un iceberg que nous gagnerions à explorer. Même si l’idée de cette exploration nous fait peur et nous glace ! Quitter sa femme à cause d’une infidélité, c’est citer l’événement déclencheur : ce n’est pas la même chose que s’interroger sur les faits, les sentiments, les comportements plus intimes qui ont amené cette situation.

Cela demande du courage, une bonne dose d’honnêteté intellectuelle et de la ténacité. Car il n’est pas inutile de suivre les fils que l’on démêle, jusqu’à la pelote d’origine, celle qui se trouve en nous.

Dans le cas où la personne quittée était abusive, nous avons endossé une part importante, voire tous les torts, car le report de responsabilité est un mécanisme typique qu’utilisent les partenaires toxiques. Nous pensons alors que l’échec de la relation nous incombe. Remettre les pendules à l’heure est toutefois crucial ! Quel que soit le degré de manipulation, consciente ou inconsciente, qui existait dans la relation, nous ne sommes jamais responsables de tout. Et, en aucun cas, des actes de violence, fût-elle verbale, psychologique, physique ou autre, que nous avons subits. Une personne abusive ou violente est seule responsable et coupable des actes qu’elle commet.

Nous devons cependant aussi accepter que nous ne soyons pas responsables de « rien » dans cette mésaventure.Explorer notre vécu nous glace

3. Accepter sa part de responsabilité

Accepter que nous ayons eu notre rôle à jouer est une phase à la fois douloureuse et libératrice.

Douloureuse, car d’une manière générale, nous n’aimons pas reconnaître que nous avons eu tort, que nous avons fait des erreurs. Notre mode d’éducation, complètement axé sur la réussite, tend à ignorer que l’échec et les erreurs sont partie intégrante de l’apprentissage. Oui, nous pouvons nous tromper, nous pouvons même admettre les erreurs commises, à nous-mêmes comme à notre entourage.

En effet, et ceci nous amène au deuxième versant de cette acceptation : si nous avons commis des erreurs, nous pouvons en tirer leçon. Nous pouvons nous améliorer et ne pas les reproduire. Nous avons donc le pouvoir de passer à l’action et d’opérer des changements dans notre vie.

Alors que nous ne pourrons jamais changer les autres…

La clé de notre bonheur est donc dans nos propres mains !

Mais quelle est sa responsabilité, quand on a vécu une relation abusive ? Nous ne devons pas oublier que nous étions bien deux dans la relation. Si l’un des conjoints a « imposé », l’autre a « accepté ». Si nous ne sommes pas responsables des abus, nous avons cependant choisi ce conjoint, nous avons aussi choisi de ne pas fuir… jusqu’à présent. Pourquoi ?

4. Reconstruire ses fondations

Il s’agit alors d’engager le travail d’introspection nécessaire pour comprendre ses propres failles. Comprendre les manques que l’on a cherché à combler en choisissant cette personne, comprendre les peurs qui nous ont empêchés de rompre quand les abus ont commencé. La reconstruction peut se réaliser en solo, avec des programmes de développement personnel, de la littérature sur le sujet, des informations sur internet. Parfois cependant, un accompagnement thérapeutique est indispensable.

En effet, certains de nous sont entrés dans la relation à un moment de fragilité dans leur vie, mais leurs fondations n’ont été qu’ébranlées : ils peuvent réparer et développer leur édifice intérieur. D’autres, par contre, ont grandi sous l’influence de parents eux-mêmes toxiques et devront apprendre à devenir autonomes et à s’aimer.

Car c’est bien l’objectif de cette phase : apprendre à se connaître et à s’aimer. Nous comprenons donc encore mieux pourquoi s’accorder du temps est indispensable !

5. Recréer une routine bienveillante

Le travail personnel n’est pas un marathon, un objectif à atteindre dans un temps record. Commencer à travailler sur soi pour dépasser le malaise de la séparation, c’est s’engager sur un chemin de développement personnel qui peut durer toute sa vie. Car mieux l’on se sent, plus on a envie de continuer !

Il ne s’agit donc pas de s’épuiser à la tâche, mais de créer dans son existence un environnement bienveillant et propice à ce développement.

Lors d’une séparation, nous nous apercevons souvent que nous avons mis notre personne et nos besoins en dernier sur la liste des priorités. Et comme chacun le sait… on n’arrive jamais à la fin de la liste ! Se replacer au centre de sa propre vie est indispensable. Loin de constituer un acte égocentrique, c’est une action salutaire pour soi, qui va bénéficier à tous ceux qui nous entourent. Mieux dans notre peau, plus apaisés, plus heureux, nous pouvons contribuer à la vie positivement. Agir, au lieu de réagir.

Quelques clés pour créer cette routine :

  • s’occuper de sa santé physique, en mangeant équilibré et sain, en s’accordant des pauses en plein air, des activités sportives (on peut commencer en marchant plus, en prenant les escaliers, etc.) et en dormant suffisamment. Voir son médecin si l’on souffre de problèmes de dépression ou d’insomnie plus importants.
  • s’occuper de sa santé mentale : apprendre à respirer, à méditer. Voir un thérapeute ou participer à des groupes de parole. Rebâtir sa vie sociale, point sur lequel je reviens plus tard dans l’article.
  • s’offrir des moments plaisirs — sans culpabilité ! Des moments qui ne servent à rien d’autre qu’à se sentir bien : regarder un coucher de soleil, aller voir une comédie au cinéma, monter sur le tourniquet dans l’aire de jeu des enfants… Retrouver le goût du plaisir est essentiel, car ce sont ces moments de bonheur qui nous portent lorsque nous rencontrons des journées plus difficiles.

Du plein air pour les jours difficiles

6. Gérer la communication avec son ex. :

Quand on n’a pas d’enfants et que les questions matérielles sont réglées, il n’y a aucune raison « d’essayer » de rester en contact avec son ex. Si une amitié est possible (comme dans les rares cas de séparation dont je parlais au début), elle se mettra en place naturellement. Dans le cas de relation abusive, ne pas avoir de contact est l’alternative la plus saine, voire l’unique solution.

Avec des enfants, c’est impossible. Et c’est souvent la cause de rechutes et de nombreux tourments pénibles à vivre, qui –de surcroît- donnent le sentiment de reculer de deux pas chaque fois qu’on pense en avoir pris un en avant. Accepter que l’on ne soit jamais d’accord avec son ex. et instaurer une communication neutre sont des démarches profitables pour soi. Et plus encore, pour les enfants, car ils souffrent de toutes les agressions verbales entre leurs parents en guerre. (Non, elles ne passent pas au-dessus de leurs têtes, mais bien dedans, et quelques fois, elles y restent.) J’aborde cet aspect de la séparation plus longuement dans l’article « Je l’ai quitté, mais je n’arrive pas à m’en libérer ».

7. Renouer avec son entourage :

L’une des caractéristiques des relations abusives est l’isolement dans lequel la victime a été enfermée. Cet isolement touche aussi beaucoup de personnes divorcées, même hors du contexte d’abus. Dans les périodes difficiles précédant une séparation, nous avons tendance à nous replier sur le couple ou sur nous-mêmes, quand ce ne sont pas nos amis qui nous évitent. Par la suite, il arrive que ceux-ci choisissent un camp, expressément ou au fil du temps.

L’un des bénéfices d’avoir compris sa propre histoire et accepté sa part de responsabilité permet une approche ouverte avec les gens que l’on avait perdus de vue. Certains, qui ne reconnaissaient plus la personne que nous étions devenue, nous retrouvent avec une joie profonde. D’autres restent éloignés, mais sont remplacés par de nouvelles connaissances qui correspondent mieux à la phase de vie dans laquelle nous entrons.

Il ne faut pas hésiter à prendre les devants, à expliquer ce que l’on a vécu si l’on en a le courage ou l’envie, et surtout à communiquer l’importance de ces retrouvailles et le désir que l’on a de cultiver cette relation.

8. Se féliciter de ses progrès

Ce travail de développement est exigeant : nous devons avoir le courage de faire face à nos démons, d’affronter nos peurs, certaines qui existent en nous depuis l’enfance. Nous devons sortir de notre zone de confort, aller à la rencontre des autres et changer nos habitudes.

Certes, le jeu en vaut la chandelle : il suffit de lire des témoignages pour constater que beaucoup considèrent que ces challenges leur ont permis de grandir, et que leur vie est vraiment plus belle… Plus belle qu’avant, justement !

Mais cela vient au fil du temps, aussi nous devons nous rappeler de nous féliciter régulièrement. Nous avons téléphoné à un psy pour prendre rendez-vous ? Un épisode de série télé. Nous avons répondu diplomatiquement à un e-mail empoisonné de notre ex auquel nous avons osé refuser un changement de week-end ? Double récompense : une sortie restau avec notre meilleure amie.

Parce que la vie, la vraie vie, c’est celle où l’on profite des fruits de son travail, un peu immédiatement et beaucoup par l’enchaînement de toutes les petites tâches exécutées. Et comme on ne sait jamais quand la vie s’arrête, ce serait dommage d’attendre jusqu’à la fin une accumulation de récompenses devenues inutiles!

9. Écouter ses envies profondes

Accomplir autant de travail sur nous, dans notre vie intérieure et dans la reconstruction de nos routines, pour ne faire que « ce que les autres attendent de nous », c’est un peu du gâchis !

Puisque nous avons pris le temps d’explorer le cœur de notre être, d’accepter que nous ayons des failles et commencé à travailler pour bâtir des fondations solides pour la suite de notre vie… Mieux vaudrait que cette vie nous ressemble et nous rende heureux !

Les découvertes que nous faisons sur notre propre personne peuvent nous amener à remettre en question bien davantage que notre vie amoureuse. Il n’est d’ailleurs pas inhabituel de voir quelqu’un « changer de vie » après une séparation. Quitter la ville, ou bien partir voyager, changer de travail, s’investir dans une nouvelle activité ne sont que quelques exemples.

Car c’est bien l’un des autres bénéfices de ce travail au cœur de nous-mêmes : nous découvrons — ou redécouvrons — qui nous sommes et simultanément, nous acquérons l’autonomie et la confiance nécessaires pour nous engager dans la transformation.

oser-rêver

10. Oser rêver

Ce qui nous conduit à ma conclusion. Une conclusion qui peut aussi être le point de départ de l’aventure :

OSER RÊVER.

Oser rêver, c’est oser croire, alors qu’on déprime tout seul dans un appartement mal meublé, qu’un jour tout ira mieux. C’est regarder autour de soi, et voir que d’autres gens, qui parfois se trouvaient dans des situations bien pires que la nôtre, s’en sont sortis et vivent heureux… et oser se dire : « Pourquoi pas moi ? ». Oser rêver, c’est accepter qu’on n’ait pas toujours tout juste, qu’on tombe, qu’on se relève et qu’on avance chaque jour. Oser rêver, c’est retrouver le petit enfant qui vit au fond de nous, en prendre soin, l’aimer et lui faire pousser des ailes, pour qu’il nous porte vers des cimes que nous n’aurions jamais imaginé atteindre.

Oser rêver, c’est oser vivre.

Bonne chance et bonne vie,

Virginie, du blog Une chose par jour

Crédits Photo : Pixabay / Photo Ivan Vranic / Photo Ezra Jeffrey / Photo Ales Krivec

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Un commentaire on 10 actions pour trouver la paix après une relation abusive

  1. Emily dit :

    Merci pour cet article très intéressant 🙂

    Il me parait essentiel effectivement lorsqu’on quitte une relation abusive (et dans toute relation d’ailleurs…) de rechercher quelles sont nos parts de responsabilités. Comme tu le dis si bien Virginie, quand on quitte la personne, « nous devrions comprendre que si une parenthèse se ferme, une autre phase commence ». Si nous ne passons pas par cette phase, nous referons toujours les mêmes erreurs et les mêmes rencontres (même si les personnes ont un autre visage…).

    Ainsi, si nous arrivons à trouver nos parts de responsabilités, nous pouvons passer à autre chose et aller vers des relations qui seront enfin épanouissantes pour nous 🙂

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