Note : cet article invité a été écrit par Anne-Claire Froger, Psychologue clinicienne et Coach, auteur du blog Objectif Nouvelle Vie.

“L’émotion est le moteur du changement, et la joie son essence.”

Olivier Lockert

changer de vieEn 2009, 79% des Français déclaraient dans l’enquête d’Opinionway avoir envie de changer de vie, parfois ou très souvent.

En 2015, la même enquête indiquait que 70% des Français répondaient encore oui à cette même question.

Faites-vous vous aussi partie de ces 7 Français sur 10 qui ressentent ce besoin de changement ?

Passons à la loupe nos besoins de changement et nos rêves secrètement entretenus…

On n’a qu’une vie

Le besoin de liberté et de réalisation personnelle sont les principales aspirations mises en avant par les Français selon le sondage d’Opinionway. Les candidats au changement souhaitent en effet changer de lieu de vie, offrir une vie différente à leurs enfants ou leur conjoint, ou encore partir à l’aventure…

Puis vient ensuite comme motivation le fait de :

  • ne pas être heureux (20%),
  • ne pas se sentir à sa place dans sa vie actuelle (19%),
  • vouloir redémarrer à zéro dans sa vie (15%)
  • ne pas être satisfait de son travail (14%)

Malgré ces motivations profondes, 22% des Français concluent pourtant que ce souhait reste pour eux un “doux rêve”.

Ce qui nous fait vibrer ne serait alors qu’un fantasme sans lendemain ?

Le bonheur est-il réellement inaccessible ?

“C’est impossible, dit la Fierté.

C’est risqué, dit l’Expérience.

C’est sans issue, dit la Raison.

Essayons, dit le Coeur.”

William Arthur Ward

Les obstacles au changement

Les obstacles principaux à ce besoin changement évoqués par les sondés sont d’abord le manque d’argent ainsi que les craintes liées aux obligations familiales. Mais sont évoqués ensuite le manque de courage, la peur de l’échec, et aussi la peur de regretter son ancienne vie.

Entre nos envies et ce que nous osons tenter, il se pourrait donc qu’il y ait parfois un fossé qui nous stoppe. Et nous nous cantonnons alors à notre familier métro-boulot-dodo…

  • Mais que deviennent nos rêves dans ces conditions ?

Quand j’interroge les patients à mon cabinet sur leur résolution de début année en janvier, plusieurs me répondent chaque fois, avec un mélange d’agressivité et d’amertume, qu’ils ont arrêté d’en faire car elles ne tiennent pas plus de quelques jours.

Espoir et puis désillusion.

Cela vous arrive-t-il aussi d’abandonner vos envies en vous disant que c’est trop compliqué finalement ?

Alors, est-ce une fatalité de renoncer, ou bien peut-on trouver la force de s’affirmer et d’aller au bout de ses rêves ?

Je vous réponds : bien sûr que oui !

  • Mais comment trouver le “feu sacré” comme Olivier Roland ?

Vous avez certainement lu Tout le monde n’a pas eu la chance de rater ses études ! En voici un extrait :

“Parce qu’avec le feu sacré, tous les obstacles que l’on prenait pour des montagnes infranchissables deviennent de simples dos d’âne. Ils nous ralentissent, mais sont incapables de nous stopper.” –

Olivier Roland

L’enquête réalisée en 2015 nous donne quelques pistes. Les Français ont en effet été questionnés sur les conditions qui rendraient favorables leur changement de vie. Et ils sont 70% à répondre qu’ils seraient prêts à changer s’ils étaient certains de rester motivés.

La perte de motivation serait donc l’obstacle majeur au changement que redoutent les personnes interrogées.

“Avoir peur du changement, c’est ignorer ses capacités.”

Nkiawete Simon Major

Comment rester alors motivés tout au long du processus de changement et surmonter les obstacles qui vont se présenter au cours du périple ?

Y a-t-il des clés pour mettre en œuvre un changement durable ?

Décider de changer sa vie

Des études sur le changement ont été menées à différentes reprises. Celle réalisée par James Prochaska et Carlo DiClemente1 en 1992 est particulièrement intéressante. Ils se sont penchés sur le cheminement personnel des personnes souhaitant arrêter la consommation d’un produit toxique (alcool, tabac, drogue etc). C’est-à-dire aux facteurs qui permettaient aux personnes étudiées de sortir de cette relation de dépendance à un produit.

Cette étude est particulièrement intéressante car l’arrêt d’un toxique dans sa vie est un changement majeur en terme de libération personnelle et prise en main active de sa vie. Cela demande une solide force intérieure.

Les 2 chercheurs ont étudié le processus nécessaire à la mise en œuvre de ce changement.

Et ils se sont rendus compte que cette prise de décision ne fonctionnait pas de façon binaire : je décide ou non d’arrêter de consommer, mais était en réalité le résultat d’un processus qui suivait plusieurs stades.

5 stades plus précisément.

Ce qu’ils ont mis en évidence, c’est que la capacité à réaliser un changement important dans sa vie, tel que le fait d’arrêter de fumer, était le résultat d’un processus de maturation décisionnelle. C’est donc le résultat d’une décision personnelle qui a mûri progressivement.

Il ne suffit donc pas de se lever un matin en se disant que l’on va changer, ni d’écouter les conseils de ceux qui nous entourent pour le décider.

La décision de changer quelque chose d’important dans sa vie a besoin de suivre plusieurs étapes avant de se transformer en action concrète et en succès. 

Les 5 stades de maturation décisionnelle

James Prochaska et Carlo DiClemente ont décrit ce processus en 5 étapes qui commence par l’absence totale d’envie de changer, puis par la naissance de l’envie de changer quelque chose dans sa vie, ensuite vient le changement concret, et le processus se termine par les efforts soutenu pour maintenir ce changement.

Voici la description des 5 stades en prenant l’exemple de quelqu’un qui envisage progressivement d’arrêter de fumer.

Si vous avez envie de changer un point précis dans votre vie, ou si votre entourage vous presse à le faire, essayez d’identifier le stade auquel vous vous trouvez aujourd’hui en remplaçant l’exemple du tabac par votre propre situation :

5 stades changer de vie

1er stade : la pré-intention

Quand vous vous trouvez au 1er stade, vous ne souhaitez pas du tout arrêter de fumer. Vous ne considérez pas que ce soit un problème, vous vivez bien avec.

Ce sont plutôt les autres qui s’en plaignent et qui voudraient que vous arrêtiez. Les tensions autour de cette situation viennent donc de l’extérieur.

D’ailleurs, vous vous dites intérieurement que si vous vouliez arrêter, vous pourriez le faire facilement, ce ne serait pas un changement difficile à mettre en œuvre.

2è stade : l’intention

A ce stade, votre consommation de tabac (ou de cannabis) commence à vous poser problème et vous songez à changer quelque chose. Mais ce n’est pas non plus vraiment urgent et cette habitude ne présente pas pour vous de gros inconvénients au quotidien.

Ou alors, si c’est un problème important, vous n’imaginez pas pour autant arrêter.

De toute façon, vous ne vous en sentez pas capable pour le moment.

3è stade : La préparation

Dans le 3è stade, qui est celui de la préparation, vous commencez à envisager de changer vos habitudes. Vous vous dites que ce serait bien d’arrêter de fumer.

Vous êtes maintenant motivé et prêt à surmonter les difficultés pour parvenir à stopper votre consommation.  Vous commencez à pensez que vous pouvez réussir à changer.

Vous avez davantage confiance en vous sur ce point et vous avez établi un plan en plusieurs étapes pour atteindre votre objectif. Comme commencer par repérer ce qui réveille votre envie de fumer et éviter ces situations dans la journée. Stopper le café si le fait d’en boire une tasse déclenche une envie de fumer. Voir moins souvent durant quelques semaines vos amis fumeurs qui risquent de vous inciter à reprendre. Chercher un substitut à la cigarette si l’envie est difficile à réprimer. D’ailleurs votre beau-père vous a parlé de l’hypnose qui fonctionnait assez bien…

4è stade : L’action

time for changeVous entrez ici dans la phase d’action qui vous permet d’engager activement un changement et d’affronter vos appréhensions ou les difficultés qui se posent.

Les inconvénients associés au fait de fumer – tels que le cancer du poumons qui vient d’être diagnostiqué chez votre meilleur ami, le coût mensuel de vos cartouches, la crainte que votre fils ne commence également à fumer en suivant votre exemple, les remarques désagréables de votre femme concernant l’odeur de vos vêtements etc. – sont devenues bien supérieures aux difficultés liées à l’arrêt du tabac, vous êtes donc motivé.

Vous avez renforcé votre confiance en vous et vous avez réussi à arrêter complètement depuis un mois. Mais l’équilibre reste encore fragile et vous restez vigilant. L’envie de reprendre est bien présente.

5è stade : Le maintien

Cela fait maintenant 5 mois que vous avez arrêté complètement de fumer mais vous ressentez encore le manque très souvent.

Vous luttez intérieurement pour ne pas rechuter.

Vous percevez nettement les bénéfices de cette nouvelle situation. Vous respirez mieux et avez retrouvé le goût de certains aliments. Vous montez les escaliers en vous sentant beaucoup moins essoufflé qu’auparavant. Vous pensez même peut-être reprendre le sport.

Le risque de rechute reste cependant encore présent. Il vous faut éviter les tentations encore présentes en vous appuyant sur vos nouvelles habitudes et sur la force que vous sentez en vous.

La rechute

la rechute

La rechute n’est pas un fait anormal ni rare, c’est une étape qui fait partie intégrante du processus de changement. Les changements ne se font jamais en ligne droite mais par paliers, et souvent de façon sinusoïdale : vous redescendez plus ou moins loin, plus ou moins longtemps, mais au fur et à mesure de votre progression ces “rechutes” s’atténuent, et la courbe de votre progression se redresse.

Vous avez repris la cigarette, mais vous avez réussi à passer votre consommation de 20 cigarettes par jour à 10 aujourd’hui. Et vous êtes prêt à retenter un arrêt complet 2 ans seulement après votre dernière rechute, alors qu’il vous avait fallu 10 ans la dernière fois pour vous remotiver.

Changement permanent

Votre consommation de tabac est de l’histoire ancienne et a fait place à un nouvel équilibre stable et acquis. Vous sentez que vous n’avez plus besoin ni envie de fumer, vous vous sentez heureux aujourd’hui et cochez la case non fumeur sans même y réfléchir dans les questionnaires de santé.

Des besoins différents selon le stade de changement auquel on se trouve

Au-delà des différents stades que cette recherche a identifiés, elle a aussi montré que nous n’avons pas du tout les mêmes besoins selon le stade auquel nous nous trouvons. Et que les interventions extérieures vont avoir des effets complètement différents sur nous : elles peuvent nous motiver comme nous “braquer” complètement dans le déroulement de la prise de décision.

  • Reconnaître le problème

Ainsi, au stade 1 ou 2 de la pré-intention ou de l’intention, toute pression extérieure – pour arrêter de fumer dans cet exemple –  sera inefficace voire même contre-productive. Nous avons besoin au contraire de prendre conscience progressivement de la nuisance potentielle du comportement que nous adoptons et des bénéfices que nous pourrions trouver à changer.

Aucun changement ne sera possible tant que nous ne serons pas intimement convaincu qu’il y a un problème et que nous n’aurons pas identifié lequel.

Il n’y a rien à mettre en œuvre à ce stade. Il est même urgent de ne rien faire… si ce n’est se questionner librement, essayer de voir la situation sous un autre angle, sans s’engager à quoi que ce soit.

Pour l’entourage, l’attitude positive est alors d’accepter patiemment le rythme de l’autre, de comprendre ses freins et la difficulté à reconnaître les inconvénients de la situation. Toute pression pour “avancer plus vite” produira l’effet inverse et fera au contraire reculer la personne concernée dans la maturation de sa décision de changer.

  • Trouver un soutien et célébrer ses victoires

A l’inverse, aux stades 3 et 4, ceux de la préparation et de l’action, nous avons au contraire besoin d’un soutien beaucoup plus direct. Un entourage impliqué, positif et encourageant sera très bénéfique.

Il est très utile également à ce stade de pouvoir échanger librement sur ses objections, ses craintes, et d’établir un plan d’action adapté à nos besoins. A cet endroit, faire partie d’un groupe ayant les mêmes objectifs peut être très soutenant et motivant par exemple, ou se fixer des défis progressifs.

Il s’agit-là d’oser sortir de sa zone de confort afin de prendre confiance en ses capacités et observer les résultats accomplis.

Célébrer ses réussites est également une étape essentielle à tout changement.

On est souvent prompt à se faire des reproches, il est bien plus bénéfique d’apprendre à se féliciter et à savourer ses avancées ! Il ne s’agit pas de narcissisme mal placé, comme peuvent se dire certains patients au cabinet au début, quand je leur suggère de se féliciter, mais d’apprendre à adopter un regard positif sur soi.

Oui j’ai réussi cela et je peux en être fier(e). J’ai envie de fêter cette victoire sur moi-même.

C’est une réelle croissance personnelle qui n’a pas forcément été facile à atteindre, et je suis fier(e) de moi !

  • Exprimer ses besoins

Alors n’hésitez pas à faire part à vos proches de vos besoins, et à leur dire quand leur attitude vous freine ou n’est pas en phase avec votre propre cheminement. C’est de vous dont il s’agit, ils peuvent souhaiter des changements pour vous, mais vous restez maître de la situation et des décisions qui vous concernent !

Sait-on réellement mieux que les autres ce qui est bien pour eux ?

Rien n’est moins sûr…

  • Avancer pas à pas

Donc si vous avez envie de changer quelque chose d’important dans votre vie, mais que vous hésitez encore, que vous avez peur de franchir le pas, c’est sans doute que vous n’êtes pas encore arrivé aux 4è et 5e stade.

La maturation se fait progressivement en vous, mais vous n’êtes pas encore prêt. Les inconvénients liés au changement sont encore un peu supérieurs aux bénéfices de la situation actuelle, même si elle est insatisfaisante. Vous n’avez probablement pas encore suffisamment confiance en vous et en vos capacités à réussir.

N’enterrez pas vos envies, gardez-les bien vivantes en vous, et cherchez un espace d’échange, d’autres personnes qui réfléchissent comme vous et aussi celles qui ont franchi le cap. Entourez-vous de personnes qui vivent déjà la vie à laquelle vous aspirez, ce sera une source de motivation importante qui vous aidera à construire une confiance en vous suffisante pour oser bientôt.

“Les batailles de la vie ne sont pas gagnées par les plus forts, ni les plus rapides, mais par ceux qui n’abandonnent jamais.”

Anne-Claire Froger du blog Objectif Nouvelle Vie

Notes :

1 (Prochaska, J., DiClemente, C. (1992), L’approche transthéorique, in : J. C. Norcross et M. R. Goldfried (dir.), Psychothérapie intégrative (trad. fr.), Paris, Desclée de Brouwer, 1998, p. 281-318.)

Recherches utilisées pour trouver cet article :

changer de vie

Tags: , , , , , , , ,

3 commentaires on J’ai décidé de changer de vie

  1. Ogier DOLLÉ dit :

    Je ne connaissais pas l’étape de la rechute et cela explique une étape de vie que je vis actuellement.
    Merci beaucoup pour ce partage Anne-Claire!

    • Bonjour Ogier, oui la société occidentale est construite sur un modèle linéaire qui laisse penser que l on doit progresser en ligne droite et qu une rechute serait donc un échec. Or c est un modèle mecanique qui ne s applique pas au vivant. Ce que les chinois ont très bien décrit avec le cycle des saisons et le yin et le yang.
      Dans la nature on voit que tout fonctionne par cycles. Et notre corps aussi. Il faut se reposer et avoir des périodes de calme pour retrouver son énergie et repartir de plus belle. Et c est là d ailleurs qu on est le plus créatif et le plus performant.
      Olivier Roland en parle par exemple dans les cycles de travail de 45 min qui doivent être entre coupés de pause pour être au maximum de leur efficacité.
      Or le fait de forcer ce cycle pour n être qu en phase d action, en supprimant les pauses, conduit au surmenage.
      Google avait d ailleurs compris ce fonctionnement et permis à ses salariés le vendredi d avoir une activité libre au bureau. Sans surveillance et sans compte à rendre. Aucune productivité de demandée.
      Et c est là où il se sont montrés les plus créatifs et ont construit les outils à succès de Google. Parce que c est grâce aux creux que surgit le plein.
      Si vous faites des mots croisés vous vous êtes rendus compte que c est quand vous lâchez la recherche d un mot et que vous pensez à autre chose que tout d un coup il surgit !
      C est en acceptant de lâcher prise et de suivre son rythme sans le forcer que l on se renforce et que l on se redresse pas à pas.
      Donc les rechutes sont le signe que l on avance profondément et pas seulement en surface. Quand on avance vite et fort sans faiblir c est souvent fragile et ça ne tient pas dans le temps.
      On apprend quelque chose d une rechute, on s autorise à retomber un peu, et quand on prêt on repart et on monte plus haut que la fois précédente !
      A vos victoires Ogier ☺

  2. Mobivince dit :

    La vie n’est pas linéaire en effet, la rechute est souvent une étape du changement durable.

    Plus globalement, il ne faut pas chercher la linéarité et accepter la volatilité. Une vie est forcément faite de hauts et de bas, il ne faut pas chercher à les canaliser mais les accueillir. C’est aussi comme cela que l’on rebondit plus fort après une crise.

Laisser un commentaire