Prendre photo avec smartphoneNote : cet article est une traduction de l’article The Mindfulness of Social Photo Sharing de Léo Babauta. C’est donc lui qui s’exprime dans le « je » de cet article !

Cette semaine, je suis parti en excursion dans le désert, et je suis tombé sur un paysage tellement ahurissant que mon premier instinct était de le prendre en photo et de le partager avec toutes les personnes que je connaissais.

Ensuite, j’ai réalisé que je n’avais pas Internet au Sierra Nevadas, alors au lieu de cela je l’ai simplement contemplé, et j’en étais émerveillé.

Je suis tout aussi enclin que quiconque au partage social des photos. Je n’ai pas Instagram ou Facebook, mais j’aime partager des photos avec mes amis et ma famille sur WhatsApp et Snapchat (futurs lecteurs, ce sont des applications de partage social – à votre époque, je suppose qu’ils s’appelleront Shizap et FlooPowder). Donc je ne juge personne pour vouloir partager une photo sur Instagram – je comprends l’envie. Nous voulons tous partager des photos de nos vacances impressionnantes, de nos animaux de compagnie câlins et de bons repas.

Mais à quoi cela sert-il ? Et pouvons-nous apporter de la pleine conscience dans le processus ?

Comme je traversais les forêts de pins et les rochers de granit, je m’interrogeais sur cette envie de partager :

  • Pourquoi ce moment n’est-il pas suffisant, sans avoir besoin de le partager ?
  • Est-ce que je veux juste me vanter, ou y a t-il une bonne motivation derrière ?
  • De quoi ai-je tellement peur, pour que je ne puisse m’empêcher de partager ?

Je me suis engagé à prendre conscience de mon envie de partage social, et de rester avec cette envie chaque fois que je la remarque. Ce qui arrivait au moins toutes les heures pendant les deux jours que je faisais la randonnée.

Voici ce que j’ai appris.

Interdire le téléphone pourrait aider. En m’interdisant le téléphone à chaque fois que l’envie de partager quelque chose de beau me prend … celle-ci ne trouve aucune issue. Au début, j’éprouvais un sentiment d’impuissance, ensuite j’ai commencé à rester avec l’envie. Quelle en était la cause ? Que ressentais-je physiquement dans mon corps ? Quelles craintes surgissaient ? Quelles bonnes intentions pourrais-je trouver ?

En ne m’offrant pas d’échappatoire, je me suis permis de faire mon exploration avec curiosité.

Nous voulons impressionner. Nous sommes des animaux sociaux, il est donc logique que nous voulions impressionner les autres. Nous voulons qu’ils pensent que nous menons une belle vie, que nous profitions de la nature ou que nous voyagions à de nouveaux endroits ou d’une certaine façon qu’ils soient émerveillés par nos vies. Le partage de photos est un moyen de partager ce sentiment d’admiration, mais aussi de faire savoir aux autres que nous sommes géniaux lorsque nous détectons ces moments impressionnants.

Je ne dis pas que ce désir d’impressionner les autres n’est pas bien. Certains pourraient vous le reprocher, mais je pense que c’est naturel et normal. Nous ne serions pas ce que nous sommes si nous n’avions pas ce désir, et ceux qui disent qu’ils n’éprouvent pas ce désir ne sont probablement pas honnêtes avec eux-mêmes. Et si cette envie nous prenait ?

Mais ce que nous pouvons également réaliser, c’est que nous n’avons pas besoin de cela. Nous pouvons trouver le bonheur sans avoir besoin d’en faire étalage aux autres. Bien sûr, je nie fortement cette déclaration même en écrivant un billet de blog à ce sujet, alors prenez tout cela avec un grain de sel !

Nous voulons que nos amis et nos proches en profitent aussi. Nous avons fait une découverte étonnante … et nous voulons que d’autres personnes soient inspirées par cette perfection. Nous voulons qu’elles mènent aussi une vie merveilleuse. Elles pourraient être tellement excitées qu’elles feraient aussi le même voyage ! Et c’est un désir généreux que de vouloir offrir ce que nous avons trouvé aux autres.

Je sais que j’ai été inspiré par d’autres personnes qui partagent leurs histoires, leurs voyages et leurs aventures avec moi. J’ai trouvé de bonnes informations dans ce qu’elles ont partagé. Je me suis même déplacé pour visiter moi-même ces endroits. Il y a donc de la bonne volonté, et c’est utile. Pourtant, il en y a d’autres qui sont dérangés par toutes les bonnes choses que les gens partagent – ils y voient une sorte de vantardise, et pourraient se sentir jaloux. C’est important de réfléchir sur le type d’effet que pourrait avoir votre partage.

Ce moment est tout à fait suffisant. Si vous traversez une magnifique forêt de pins, vous pouvez vous sentir si bien que vous éprouveriez le besoin de partager ce moment. Pourquoi ? Pourquoi devons-nous ajouter l’acte de partage à ce moment déjà magnifique ? En tombant sur ces paysages à couper le souffle, je me suis forcé à réfléchir si le moment était déjà suffisant sans le partager. Et ça l’était. À plusieurs reprises.

Nous pouvons profiter de ce moment sans le partager avec personne. Nous pouvons l’apprécier pour toute sa beauté sans avoir besoin que quelqu’un d’autre le fasse aussi. Nous pouvons être seuls dans notre appréciation, sans avoir besoin que quelqu’un nous rejoigne. Il pourrait nous sembler incomplet si nous ne le partagions pas, mais ce n’est pas le cas. Il est complet et merveilleux tel qu’il est.

Le partage est une façon de gérer l’immense sentiment d’excitation. Lorsque nous sommes devant une vue majestueuse des montagnes au coucher du soleil … elle peut être si belle, si émouvante … que nous ressentons le besoin de gérer d’une certaine manière cet immense sentiment. Lorsque nous partageons une photo, c’est notre façon de faire face à ce sentiment qui nous submerge. Lorsque je ne peux pas le partager avec quelqu’un, je hurlais parfois de joie.

Mais d’autres fois, je me tournais vers l’intérieur et je remarquais ce sentiment de joie envahissant. Je remarquais combien l’émotion était forte, et combien ma volonté d’y faire face d’une certaine manière était tout aussi forte. Comment faire face aux sentiments puissants ? Généralement, en prenant des mesures. Que faire si nous restions simplement avec les sentiments, si nous remarquions comment ils se révèlent, leur faisant face avec courage et les explorant avec curiosité ? C’est plus difficile que la plupart des gens ne le réalise, mais faisable.

Et ce qui se passe lorsque nous restons avec les sentiments … c’est que nous nous rendons compte que nous pouvons les gérer, sans avoir besoin de prendre des mesures. Nous pouvons trouver le courage de rester. Nous pouvons simplement nous asseoir et ne rien faire. C’est une façon courageuse de vivre et d’y faire face sans fuir.

Je ne préconise pas que vous cessiez de partager. Je ne suis pas technophobe. Je recommande simplement d’ajouter une dose de vigilance dans le processus.

Crédit Photo : Tirachard

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6 commentaires on La pleine conscience du partage social des photos

  1. Gary dit :

    Grand merci pour cet avis. Il est normal en effet d’avoir l’envie de partager ses émotions avec ses amis,sa famille et en même temps, le sentiment de faire entendre notre présence, le besoin de s’exprimer aussi, quelque soit le support.La photo en est un aujourd’hui.

  2. torrent dit :

    PARTAGER pour moi est essentiel ! Tant d’autres avant moi l’on fait pour me ravir , me combler, C’est un cadeau que je recois chaque fois et que j’apprécie du fond du coeur . Je sais que les photos et les films sur les paysages que je ne verrai probablement jamais sont ceux choisis par mes amis ou ma famille et je les remercie de satisfaire ma curiosité . S’ils peuvent s’offrir ces voyages j’en suis tellement heureuse, nous partageons ensembles leur émerveillement et leurs découvertes a travers leur petit “reportage” et puis après que de tableaux mon compagnon peut peindre en prenant modèle sur leurs photos. c’est aussi notre participation en quelque sorte à un évènement heureux . Un partage n’ est jamais steril, au lieu d’envier ceux qui partent , réjouissons nous pour eux et attendons avec impatience leur retour , ils nous parlerons de leurs plaisirs et emotions et ils me donnent envie de lire beaucoup sur ces lieux inatteignables pour moi. Merci a eux grace a eux je reste curieuse et malgré mon âge je ne me sens pas vieillir.

  3. Françoise dit :

    Je crois qu’il faut “tempérer” cette pulsion, qui est de vouloir partager des photos à tout prix… Car, à force de porter l’appareil à notre œil pour prendre une photo, nous ne profitons plus de la beauté, de la vérité, de la solennité, de l’endroit. Tout occupés à mettre entre lui et nous un artifice technologique qui renverra des photos sans âme, nous ne sommes plus à l’écoute du son du vent, du chant des oiseaux, du ruissellement de l’eau ou à la découverte d’un beau tableau, d’une statue aux formes amusantes… Au bout du compte, tout le monde en est frustré : celui qui prend la photo de son lieu magnifique sans en profiter pleinement et ceux qui reçoivent le cliché sans en ressentir l’ambiance. Je ne dis pas qu’il ne faut pas photographier la nature ou des monuments, mais le faire à bon escient.
    Le partage des portraits de parents, d’enfants, d’amis… c’est autre chose et correspond à un sentiment d’appartenance et d’amour, ce qui est important pour les personnes isolées. Mais ce partage n’est pas à confondre avec les selfies à outrance qui, dans ce cas, me paraissent inquiétants à propos de l’auteur…

  4. Sébastien dit :

    Très bon rappel. En effet, c’est utile de s’interroger de temps en temps.
    Cela me rappelle deux choses.

    D’abord, une famille chez qui j’ai logé au Canada dans un trip en couchsurfing. La petite fille d’une dizaine d’années répétait à son frère qui s’amusait avec son appareil photo : “est-ce que c’est une photo que tu voudras garder toute ta vie?”

    Ensuite, une lecture de … désolé j’ai oublié le titre… à propos de bouddha, de la méditation, et le fait qu’un observateur qui, observant un beau paysage, ouvre la bouche et dit “c’est beau”, a déjà détruit une partie du moment car il a mis une étiquette intellectuelle sur son expérience.

    Enfin, moi tant que les spectateurs des salles de spectacle n’allument pas leur téléphone pour filmer pendant une heure, sans jamais voir la scène qu’indirectement et en m’empêchant de voir les artistes correctement… 😉 Je ris mais c’est vrai que certains comportements sont parfois ennuyeux 😉

  5. Françoise dit :

    Merci Sébastien.
    Avec ce que vous dites, qui complète et précise la pensée de mon précédent commentaire, nous avons de quoi méditer sainement !
    Belle journée à vous.

  6. Ogier DOLLÉ dit :

    Je me retrouve tellement dans ce que tu dis.

    Je suis étonné parfois de me balader, d’arriver quelque part et de voir les gens autour de moi prendre directement une photo, avant même d’avoir pu savouré le paysage.

    Merci beaucoup pour ce partage !

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