Depuis que mon fils a déménagé, ma vie est vide. Je n’ai plus de goût à rien, me confiait un jour Véronique. Elle se retrouvait seule. Totalement désorientée. Elle avait placé la valeur de sa vie dans cet enfant et la valeur de sa vie était partie avec lui… Même si nous n’avons pas rencontré la même situation que Véronique, nous pouvons comprendre le vide qu’elle traverse. D’ailleurs, nous avons probablement tous connu des moments où ce à quoi nous tenions, nous a été retiré. Peut-être avons-nous espéré qu’avec le temps, les choses s’arrangeraient.

Mais dans bien des cas :

« On n’oublie rien de rien, on s’habitue, c’est tout ».

que faire quand nous manque ce à quoi nous tenons

Note : Cet article invité a été écrit par Guillaume Lemonde du blog  saluto.fr

Alors comment faire quand nous manque ce à quoi nous tenons ?

Au lieu d’attendre que ça aille mieux, je vous propose aujourd’hui une toute autre attitude. Plutôt que de nous replier dans le regret et la nostalgie, voyons si nous ne pourrions pas, au contraire, apprendre à être présents à notre épreuve, à nous lier à elle. Imaginez que nous puissions nous lier d’amitié avec cette épreuve et même l’aimer…

Nous trouverions, à travers elle, d’inestimables ressources. Elle deviendrait pour nous un moment de transformation. Mais comment réussit-on ce prodige ?

Un seul être vous manque…

“Un seul être vous manque et tout est dépeuplé”, se lamentait Lamartine.

Lamartine, lui aussi, avait placé la valeur de sa vie dans un être cher. D’autres personnes investissent leur métier de ce rôle. Sans leur métier, la retraite venue, leur vie leur semble vide. Pour certaines autres, c’est leur jardin, ou leur chien, ou encore leur prochain weekend, la prochaine sortie entre amis, leur club de bridge.

Je connaissais un homme qui, dès son retour de vacances à la fin du mois d’août, se mettait à préparer celles de l’année prochaine. Il ne vivait que pour ça. L’année était pleine du projet qu’il préparait. Mais une année, il avait dû être hospitalisé. C’était début août, juste avant ses congés. Il tomba dans une profonde dépression.

un seul être vous manque

Vous l’aurez compris : si la valeur de notre vie dépend de la présence de quelqu’un ou d’une pratique particulière, notre sérénité en dépend également.

Nous sommes dans une situation de dépendance. Tant que cette valeur est intacte, tout va bien. Mais comment faire quand nous manque ce à quoi nous tenons ?

Que ce soit :

  • De précieux amis qui déménagent et que l’on ne reverra plus si souvent,
  • Un collègue que l’on appréciait et qui s’en va,
  • Une grossesse que l’on désire et qui ne vient pas,
  • Un proche que nous aimions et qui disparaît,
  • Une activité qui nous donnait de la joie et que l’on doit arrêter,
  • Un métier que l’on aime et que la retraite nous empêche d’exercer,

La valeur de ma vie

Vous conviendrez que si je dépends de la présence de quelque chose ou de quelqu’un pour que ma vie ait une valeur, c’est que je n’éprouve pas que ma vie puisse en avoir par elle-même !

Cependant, si ma vie n’en a pas par elle-même, c’est peut-être bien que je n’arrive pas à m’ouvrir à tout ce qu’elle m’offre. Je ne m’ouvre qu’à moitié : certains évènements me plaisent et je les accueille volontiers. Du coup, je les regrette lorsqu’ils sont passés. Mais je redoute également la survenue de bien d’autres évènements. J’aimerais qu’ils n’arrivent jamais. Par exemple, Véronique, désolée que son fils ait quitté le nid familial, aurait souhaité ne pas avoir à vivre ça.

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valeur de la vie

Ainsi, en voulant garder ou obtenir ce qui donne de la valeur à ma vie, je m’accroche à quelque chose qui n’est peut-être plus réellement présent. Je reste dans le passé. De même, en repoussant ce que je redoute, je me recule devant le présent.

Bref, en refusant la moitié des possibles, c’est la vie elle-même que je refuse. Car la vie se déroule au présent ! Si je n’y suis pas, je ne la vis pas vraiment. Si je souffre, c’est justement parce que je refuse la vie comme elle se présente.

Double causalité1

Ainsi, Véronique est triste pour deux raisons : d’une part parce que son fils est parti, et d’autre part parce qu’elle ne parvient pas à accepter la vie comme elle se présente. Il y a une double causalité.

  • L’une des causes est dans le passé : le départ de son fils. C’est la cause chronologique, à laquelle, très logiquement Véronique réfléchit. Elle est livrée à la décision qu’a prise son enfant de déménager, et elle ne peut rien y faire !
  • L’autre cause n’est pas placée dans le passé, mais dans l’avenir : elle réside dans une ressource à trouver. Une ressource à venir. C’est l’absence de cette ressource qui rend la situation difficile. Si Véronique pouvait rendre cette ressource présente, la situation qu’elle traverse, ne serait plus un problème. Cela ne changerait peut-être pas le décor de sa vie, mais elle pourrait devenir paisible et heureuse de tout ce que cette nouvelle situation offre comme changements.

Nous l’avons vu, pour Véronique cette ressource est de trouver la force d’accueillir tous les possibles. Quand nous manque ce à quoi nous tenons, cette ressource est essentielle.

  • Attention ! Cette ressource n’a rien à voir avec le fatalisme ! Le fatalisme n’est que l’attente passive de quelque chose de déterminé. Là, il s’agit d’être activement disponible à accueillir tous les possibles, donc rien de déterminé.

Véronique ne peut pas agir sur la cause dans le passé : elle ne peut pas agir sur le départ de son fils. Elle peut en revanche agir sur la cause à venir. Comme la cause à venir est une ressource qui manque, Véronique peut s’efforcer de la rendre présente. Nous allons voir comment faire dans un petit instant.

Imaginez que nous puissions accueillir chaque moment comme il vient

valeur de ma vie accueillir chaque moment quand nous manque ce à quoi nous tenons

Si nous pouvions accueillir chaque moment pour lui-même, alors chaque moment serait unique. Chaque instant serait tellement unique que jamais deux moments ne se ressembleraient. Tout serait toujours nouveau. Il n’y aurait pas de routine, pas d’ennui…

La vie ne pourrait pas être grise et triste, mais joyeuse et surprenante. Il n’y aurait pas besoin d’investir un être ou une activité du rôle de donner de la valeur à notre vie. Elle en aurait par elle-même. Le départ d’un enfant quittant la maison, serait tout simplement le départ d’un enfant, pas la fin d’une existence. De même, à la fin d’un emploi que l’on aimait, nous serions ouverts à cette nouvelle période qui se présente comme un nouveau cadeau.

En un mot, nous aurions confiance. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la confiance n’est pas une projection dans un avenir meilleur. Si l’on espère un avenir meilleur, c’est que le présent ne nous va pas et que nous ne parvenons pas à l’accueillir paisiblement.

La confiance se vit au présent. C’est la capacité d’accueillir les moments nouveaux, les imprévus, comme ils se présentent, qu’ils nous plaisent ou non. Et quand on a confiance, il n’y a d’ailleurs plus de mauvais moments. Il y a simplement des moments qui se présentent, toujours nouveaux !

Véronique, qui disait ne plus avoir de goût à rien depuis que son fils a déménagé de chez elle, est en train de chercher cette confiance en la vie. Elle ne l’a pas encore découverte. Elle est encore à venir.

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Voyons maintenant comment faire concrètement pour la rendre présente.

Comment faire quand nous manque ce à quoi nous tenons ?

méditation pour avoir confiance en la vie et à l'avenir

Je vais vous raconter ce qui a été proposé à Véronique. Il s’agit d’une sorte de courte méditation.

Une méditation n’est pas un moyen d’échapper à la réalité qui dérange. Matthieu Ricard a d’ailleurs publié, à propos de la méditation, un excellent ouvrage qui pourrait vous intéresser “L’art de la méditation”.  Il explique qu’elle est au contraire un moyen de voir la réalité comme elle est.

Si Véronique va mal, c’est qu’elle n’arrive pas à voir la réalité telle qu’elle est. Elle s’accroche à ce qui n’est plus et repousse ce qui est. Son monde est duel :

  • D’un côté, il y a ce qui serait bien (que son fils ne déménage pas)
  • Et de l’autre, il y a ce qui est mal (que son fils soit parti).

Comme je le disais, quand on refuse la moitié des possibles, c’est la vie elle-même que l’on refuse, et l’on souffre.

Il est donc nécessaire de dépasser cette dualité2 pour devenir présent à sa vie et la prendre en main, maître de soi-même.

La méditation proposée à Véronique s’est déroulée en trois temps :

  • Tout d’abord, Véronique a fermé les yeux, et pendant une minute, elle a plongé dans la sensation que cela fait de se dire : « Mon fils est présent ». Vous pouvez essayer de votre côté. Prenez ce qui est important pour vous, ce à quoi vous tenez, une personne chère à votre cœur, une activité que vous ne voulez pas voir remise en question… et dites vous : « cela est présent dans ma vie ».
    Toutes sortes de sentiments peuvent survenir. Il est important de ne pas essayer de les analyser. Juste ressentir comment cela fait quand on se dit cela.
  • Ensuite, Véronique a ressenti pendant au moins une minute, ce que cela fait quand elle se dit : « Mon fils est absent ». De la même manière, dites-vous que ce que vous avez choisi comme étant important pour vous, est désormais absent : « Cela n’est pas là, cela n’existe pas ». Voyez comment cela fait. Là aussi toutes sortes de sentiments peuvent survenir.
  • Enfin, pour sortir de la dualité, souvenez-vous des deux expériences en même temps. C’est ce qu’a fait Véronique. Laissez ces deux expériences résonner en vous en même temps. La difficulté est de ne pas balancer entre les deux. Essayez de simplement les contempler ensemble, comme si ces deux expériences avaient laissé un écho en vous.

À travers cet exercice, Véronique a découvert une paix inconnue. Cette paix est faite de la confiance que les choses sont en ordre. Je ne vous demande pas de me croire, mais vous propose d’essayer de votre côté. Pour être pleinement efficace, cette courte méditation de trois minutes devrait être inscrite dans une habitude et répétée chaque jour pendant au moins trois semaines.

Alors maintenant, à vous de jouer ! Lancez-vous dans l’exercice et revenez raconter dans les commentaires, les expériences que vous aurez faites. Cela aidera les autres et enrichira ce témoignage. Et si cet article vous a plu, partagez-le avec vos amis !

Guillaume Lemonde du blog saluto.fr

Sources :

1 La double causalité a été développée, du point de vue de la physique, par Philippe Guillemand, ingénieur physicien au CNRS

2 Il existe de nombreux philosophes occidentaux non dualistes : un présocratique tel qu’Héraclite, des stoïciens tels que Sénèque ou Marc Aurèle, des néoplatoniciens tel que Plotin. Non dualistes sont encore des philosophes médiévaux comme Maître Eckhart ou Jean Tauler…

Crédits Photos : Antony Pinto, nrg_crisis, Sandrine Néel, Louise Leclerc, Rene Rauschenberger,

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