Apprendre le piano peut parfois relever du défi sportif ou mental : répéter, se tromper, recommencer, persévérer… Les frustrations et difficultés sont courantes dans l’apprentissage et la progression au piano. Et si je vous montrais qu’au contraire apprendre le piano de manière efficace rend plus zen ?

En effet, tout le monde s’accorde facilement à dire qu’écouter du piano rend plus zen. Jouer du piano lorsqu’on a franchi les difficultés propres à un morceau peut également contribuer à notre détente. Mais apprendre tout en développant une connaissance de soi qui mène à plus de bien-être et de détente, cela semble plus mystérieux… Et pourtant !

apprendre le piano ludique

Cet article invité a été écrit par Cazimir Costea, auteur du blog Libérer son piano.

Pleine conscience au piano

Le mythe de l’effort

La première croyance populaire qui va à l’encontre de cette idée est le mythe de l’effort.

En effet, on entend sans cesse que sans efforts pas de résultats, et pire, pas de vrais efforts sans souffrance !

Or, quand on y réfléchit deux minutes, on voit aisément que la proportion d’efforts n’est pas nécessairement corrélée par la même proportion de résultats. C’est pour cela qu’il existe des méthodes différentes. Lorsqu’on applique une méthode inappropriée, il faudra souvent décupler d’efforts pour atteindre un résultat similaire avec moins d’efforts mais une méthode plus appropriée. Et cela, peu importe le domaine.

Ça semble évident comme ça. Mais lorsqu’il s’agit d’apprentissage musical, j’ai remarqué que la croyance en la culpabilité personnelle était tenace. Pas assez persévérant, pas assez talentueux, paresseux ou je ne sais quoi d’autre… Ces jugements sont souvent les moyens pour ne pas remettre en question l’efficacité d’une méthode 🙂

Pour en savoir plus sur les croyances qui peuvent bloquer l’apprentissage au piano, je vous invite à lire mon article sur Le piano à l’âge adulte : obstacles et réussites.

Qualité plutôt que quantité

En réalité, derrière la multitude des approches et des méthodes pour apprendre le piano, il existe quelques principes fondamentaux essentiels. Ces principes sont rarement abordés en cours. En tout cas, pas dans mon expérience personnelle ni dans celle de mes élèves !

Le principe le plus important selon moi, qui se vérifie dans les recherches neurologiques actuelles sur l’apprentissage, est le travail en conscience.

Voici une illustration de cette idée avec cette vidéo de Joe Dispenza, docteur en neurobiologie, chercheur et conférencier. Il parle d’une étude vérifiant les effets du travail mental de la visualisation sur des non pianistes.

Méditation et apprentissage

Certaines zones similaires du cerveau sont donc impliquées tant dans l’apprentissage que dans la méditation.

Pourquoi ? Tout simplement par la focalisation active de notre attention. C’est cela, en résumé, le principe fondamental de l’apprentissage au piano.

Cette attention, vous pouvez la diriger sur votre sensation physique, le toucher, le geste, sur le son, sur l’image des notes sur le piano, la conscience des doigts que vous utilisez, etc.

Cela paraît simple, mais en réalité, le niveau d’attention et de détails à tout cela est potentiellement immense. Évidemment, plus on est avancé dans nos compétences, plus ce travail se fait en profondeur, tout simplement 🙂

Résultat de mon parcours

La compréhension de ce principe fondamental, je l’ai eue petit à petit. Après avoir constaté l’inefficacité et l’ennui que procurait la simple répétition mécanique. Et surtout, en cherchant pour moi-même comme pour mes élèves les manières les plus efficaces d’apprendre.

Les lecteurs de cet article ont également lu :  L'incroyable pouvoir du simple fait d'être présent

Aujourd’hui je ressens réellement cette proximité entre méditation et piano, en croisant mon expérience personnelle avec les recherches sur l’apprentissage et la méditation.

Mais tout comme en méditation, comprendre ne suffit pas, il faut pratiquer 🙂 C’est un entraînement de l’esprit, et non des mains…

Sur la relation entre corps et esprit au piano, je vous invite à lire mon article assez complet sur le sujet avec documents et paroles d’expert : La technique au piano.

Apprendre le piano rend plus zen par la conscience

Cela rend donc plus zen, par le fait d’entraîner son cerveau à se focaliser sur le présent à travers une sensation.

Apprendre un instrument, en l’occurrence le piano, peut ainsi être un formidable outil pour une pratique concrète de l’esprit méditatif et de la présence à soi.

En plus, c’est sûrement la manière la plus efficace d’apprendre et de progresser ! Alors pourquoi s’infliger du stress ? 🙂

Jeux de logique et harmonie

Les notions de logique et d’hamornie prolongent ce principe fondamental d’apprentissage par le développement de notre conscience au piano.

Ce sont des outils conceptuels qui vont pouvoir nous aider à organiser les informations sensorielles sur lesquelles se focus.

En effet se concentrer sur nos gestes et sensations nécessitent aussi de connaître les notes sur lesquelles nous nous déplaçons ! Or, la mémoire nous joue parfois des tours, et nous détourne d’une attention présente.

Différents types de mémoire

Il existe quatre grands types de mémoire au piano, qui se combinent et se croisent :

  • Kinesthésique
  • Sonore
  • Visuelle
  • Conceptuelle

Automatismes vs conscience

La mémoire kinesthésique est celle que l’on développe intuitivement par la répétition. C’est la mémoire musculaire. Malheureusement, elle est souvent travaillée inconsciemment et ne permet pas de se retrouver dans un morceau.

Les effets d’une mémoire kinesthésique inconsciente sont : trous de mémoire, nécessité de reprendre toujours au même endroit (souvent au début), instabilité, etc.

En réalité la mémoire kinesthésique devrait se travailler en conscience, lentement et par fragments. Mais pour cela, il faut des repères et une construction stable des notes et du morceau. C’est l’harmonie et la logique musicale qui permettent cela, autrement dit la mémoire conceptuelle.

Ces différents types de mémoire fonctionnent donc en collaboration. L’une n’est pas meilleure qu’une autre. Bien que chacun d’entre nous aura tendance à développer certains types de mémoire plus que d’autres. Personnellement, je suis très visuel ! Le plus important est de les travailler de manière active, et non passive.

Comprendre pour mieux apprendre

Ainsi comprendre la structure d’un morceau, les bases de sa composition, n’est pas un “plus” pour apprendre, mais une base selon moi !

La notion d’accord, issue de l’harmonie, permet notamment de regrouper différentes notes sous un même concept. Exemple “Do majeur” = Do + Mi + Sol. Grâce à quelques accords et de l’entraînement, vous pouvez ainsi “résumer” des dizaines et des centaines de notes à quelques accords…

Cela permet aussi de grouper visuellement les notes à jouer sur son clavier dans son esprit.

Mémoire conceptuelle et logique

Repérer des schémas logiques, visuels et conceptuels dans un morceau permet plein de choses :

  • Mémoriser plus facilement
  • Donner du sens à ce que l’on joue
  • Avoir conscience de ce que l’on fait
  • S’amuser à déconstruire / reconstruire…

Dans cette vidéo Tedx, Jocelyn Swigger, pianiste concertiste et enseignante, illustre très bien cette idée de création logique pour l’optimisation et la facilitation de la mémoire.

Les lecteurs de cet article ont également lu :  Ecoutez le silence !

Logique et jeux

jeux de logique piano apprentissage

Créer et chercher la logique derrière ce que l’on joue peut réellement être un plaisir en soi, et une manière d’aborder et apprendre le piano en étant plus zen.

On retrouve ce plaisir lié à la reconstruction logique dans les jeux de Sudoku !

Plus profondément, la mémoire conceptuelle permet surtout d’appliquer le principe fondamental de conscience et donc de détente. Puisqu’en comprenant les notes, on se libère du stress et de l’effort de mémorisation kinesthésique insuffisante et instable.

Ainsi on retrouve le sens du mot “jeu” avec le piano : comme un ensemble de lego qu’on assemble et désassemble, permettant plusieurs créations.

Improvisation et détente émotionnelle

Apprendre le piano rend plus zen : récap des trois techniques

La première était donc le travail de la conscience, par l’attention focalisée sur ce qu’il se passe :

  • Visualisation
  • Geste
  • Doigts
  • Toucher

La deuxième manière d’apprendre le piano qui rend plus zen est l’utilisation de la logique, facilité par la connaissance des accords et de l’harmonie. Ce travail procure un plaisir en soi lié à la construction de logique. Mais il prolonge également et soutient ce travail de conscience en permettant une compréhension des notes et du morceau.

La troisième manière d’apprendre le piano qui rend plus zen est à son tour un prolongement : il s’agit de l’improvisation.

L’improvisation comme outil pour apprendre le piano

En effet, contrairement à ce que l’on croit, l’improvisation peut aussi être un outil d’apprentissage, pas seulement un résultat. Et cela, grâce à l’utilisation des accords et autres connaissances harmoniques. Ou, là aussi, à de la logique tout simplement.

C’est un peu comme jouer avec des règles et schémas logiques, mais pas seulement intellectuellement, directement au piano 🙂

Si vous avez déjà quelques notions de piano débutants et souhaitez vous initier à la maîtrise des accords au travers de petits jeux progressifs, vous pouvez lire cet article : Comprendre et improviser au piano grâce aux accords.

Libérer sa créativité et ses émotions

Une fois que l’on a certaines bases, c’est un peu comme un jeu. Il suffit parfois de quelques règles simples pour pouvoir jouer.

La répétition d’une ou deux notes main gauche à un certain rythme, quelques accords pour les plus avancés, et un “groupe” de note dans lequel vous pouvez piocher, toujours en restant en rythme… Toutes ces notions s’apprennent et se travaillent progressivement, comme les niveaux d’un jeu qu’on franchit petit à petit.

Dès que vous avez un cadre, vous pouvez vous laisser aller en suivant quelques consignes, et alors ne plus vraiment réfléchir aux notes, mais seulement aux accords.

C’est comme tracer les grandes lignes d’une route, d’un chemin, pour pouvoir plus facilement vagabonder sans se perdre.

Personnellement, cela m’a permis de me faire beaucoup de bien, de libérer beaucoup d’émotions, et de me reconnecter de manière plus intime à mon instrument. J’ai d’ailleurs créé un album fait d’improvisations sur ce principe de liberté et de détente : Espaces Aquatiques. Vous pouvez le retrouver sur toutes les plateformes de streaming (Spotify, Deezer, Apple Music…)

Et vous, le piano vous rend plus zen ?

Quelle expérience avez-vous du piano ? En avez-vous déjà joué ? Avez-vous commencé à construire votre propre chemin qui mène vers l’épanouissement intérieur et vers plus de conscience ? 🙂

Cazimir Costea, auteur du blog Libérer son piano

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