The road to treeNote : cet article invité a été écrit par Philippe de Plume-Active

Zen habitudes

Tout d’abord, un très grand merci à Olivier de m’ouvrir les portes de son blog.

Quand on pense méditation, ce qui vient à l’esprit c’est le calme et le silence. Dans notre civilisation, cela peut paraître incongru de rechercher le silence.

Pourtant, pour moi, le silence est devenu un compagnon de route et un ami.

Je vais donc vous le faire découvrir.

Définitions

La définition du silence est plus que large :

  • Absence de tout bruit, de toute agitation.
  • État de quelqu’un qui s’abstient de parler ou d’écrire, d’exprimer son opinion.
  • Absence de mention d’un évènement.
  • En musique : interruption plus ou moins longue du son.
  • il vient du latin « silentium »  : – 1 – silence. – 2 – calme, repos. – 3 – absence de tout signe défavorable dans la prise des auspices.

Le silence, c’est aussi l’arrêt d’un rythme, le vide. C’est aussi se rendre perméable au subtil, au murmure de la vie inaudible sans le silence.

Le silence et le mutisme sont de significations très différentes. Le silence est un prélude d’ouverture à la révélation, le mutisme est la fermeture à la révélation, soit par refus de la recevoir ou de la transmettre, soit par punition de l’avoir brouillée dans le tapage des gestes et des passions.

J’ai connu ce mutisme. À mi-chemin entre le mur et l’écoute défensive, cette période est finalement positive, car ce fut aussi l’occasion pour moi de découvrir les arts martiaux, mes parents associant mutisme et manque de confiance en soi… À méditer.

Nous sommes si familiers avec le bruit des mots… Mais quel est le silence de celui qui n’entend pas, le silence du sourd-muet ? Il se sent au début comme privé du pouvoir de communiquer, parce que privé de parole et que l’accès à la parole est le mode le plus partagé de la communication. Il y a bien de la différence entre le silence et l’absence de bruit.

Absence de bruit

Le silence par absence de bruit, axe de notre civilisation, nous gêne. Il semblerait que ce qui ne fait pas de bruit n’ait pas d’importance. L’absence de bruit peut être nécessaire pour réfléchir, mais nous sommes souvent à faire l’inverse. L’expérience du bruit engage toujours avec elle l’expérience d’un « autre », alors que dans le silence… Serions-nous seuls ?

Nous vivons dans un monde de célibataires. Cette solitude silencieuse subie se résume plutôt à un vide existentiel par opposition à celui présent dans une solitude recherchée. À l’inverse, la solitude voulue de la retraite monastique permet, grâce au silence, de se ressourcer. Ce que nous recherchons alors est bien sûr l’absence de bruit, mais aussi de ne plus avoir à parler à nos congénères.

Lorsque j’étais étudiant, à Toulouse, je m’échappais régulièrement de la cohue universitaire pour passer un après-midi dans le cloître des Jacobins. Là, dans la solitude, le calme, je pouvais me reposer de cette vie trépidante, réfléchir à un sens, déjà en mouvement vers un but que je n’identifiais pas encore. Refaire le monde à coup de paroles plus fortes les unes que les autres était finalement assez fatigant… C’est peut-être pour cela que le monde ne change pas…

Car nous vivons dans un monde où la verbalisation est la règle et le silence l’exception. Nous vivons au milieu d’un torrent de mots ; si bien que la valeur du silence nous échappe le plus souvent. Et pourtant, il est difficile de séparer le silence et la parole, le silence et l’intention de signification. Sans un espace entre les mots, les mots eux-mêmes seraient-ils compréhensibles ?

Silence et parole

Apparemment, celui qui se tait ne parle pas et celui qui parle ne se tait pas. Mais, fondamentalement, le silence comme la parole impliquent une réalité plus profonde et mystérieuse et ils ne peuvent pas se définir incompatibles, parce que l’un éclaire et donne sens à l’autre. Quelquefois, notre silence se révèle constructif, efficace et loquace plus que mille paroles. « Le mot que tu retiens entre tes lèvres est ton esclave. Celui que tu prononces est ton maître. » (Proverbe arabe)

Un silence peut être une réponse, à interpréter, mais il est toujours l’expression de quelque chose que l’on veut dire, communiquer à l’autre. En gardant le silence, quelquefois, on évite de dire ce qu’il vaut mieux omettre. La Parole n’est pas le bavardage.

Descente en soi

La descente en soi doit nous amener vers l’homme, le vrai, celui qui est présent dans le cœur. Pythagore disait « Connaitre, c’est ou bien monter au ciel et voir, ou bien plonger en soi-même pour recevoir le ciel et se souvenir ». Je recherche souvent le silence pour réfléchir au sens de ma vie. Je ressens plus précisément dans le calme, mon esprit pèse le sens, la couleur des mots, le chemin derrière ces symboles cachés de la vie que sont les mots.

Le silence nous laisse seuls, seuls avec notre citadelle, ouverte à tous les vents. Le temps prend alors toute sa dimension. Dans le silence, je vais explorer tous les murs, les recoins et mettre à jour l’essentiel. Ces allers-retours entre les profondeurs de l’âme et les hauteurs des brefs instants de Lumière m’amèneront, comme le caillou jeté dans la rivière, à passer les eaux boueuses et à me poser sur le fond clair, là où les pépites brillent. La pierre philosophale est là, au fond de nous. Elle n’attend que nous. Ce dépouillement des métaux, cette recherche de la vérité doivent s’accompagner d’une montée vers un chemin spirituel. Ciel – terre ( ten-chi ), c’est aussi un principe essentiel en aïkido. L’ombre permet d’atteindre la lumière.

Celui qui veut comprendre le monde doit passer par l’univers du silence pour méditer objectivement, parvenir à l’entendement des choses secrètes et faire s’exprimer la simplicité naturelle et la virginité du cœur. Les arts martiaux m’ont amené naturellement à méditer. Je compare souvent mon état en méditation avec le peu de plongée que j’ai fait. Je passe de la surface bruyante, pas toujours jolie, au monde du silence et de la beauté.

Ce mouvement en soi va donner un sens tout particulier à son inscription dans l’axe de la perpendiculaire. Je vais descendre en moi pour tenter de me voir tel que je suis, sans les masques utilisés pour parer au jugement d’autrui. Ce face à face n’est pas facile. Cette lucidité, cette analyse objective ne viennent pas toutes seules. Il faut lâcher prise. Ce désir de vérité, cette pratique de l’authenticité vis-à-vis de soi peuvent pourtant me rendre semblable au cristal le plus fin, le plus pur : alors, pourquoi hésiter ?

Espace pour l’écoute

Le silence, avant d’être une possibilité de réflexion sur la parole, doit aussi être un espace pour l’écoute. Zen habitudes de l’apprenti méditant : il devra apprendre à se taire, à se contrôler, à dominer ses élans naturels. Le silence intérieur rend disponible par une mise en retrait du monde. Il favorise l’observation et procède à la mise en branle des énergies subtiles. Je dois me « forcer » à voir, écouter, observer, ce qui se passe autour de moi et commencer à m’ouvrir aux autres, sur le monde.

Une définition de l’écoute m’a été transmise récemment :

« L’écoute c’est lorsque je ne sais pas ce que je vais dire avant que l’autre ait complètement fini de parler ».

J’adhère pleinement à cette définition. Combien de fois attendons-nous notre tour de parole ? Zen habitudes : En réunion d’amis ou professionnelle, abstenez-vous le plus possible de parler et prenez l’habitude d’une écoute unique. La difficulté réside dans les pensées, idées et réflexions qui nous viennent. Je suis partagé entre les évacuer pour me concentrer sur l’écoute et les mettre de côté, car elles sont l’engrais de réflexions futures. Ce regard vers les autres, vers l’extérieur, je l’ai approfondi avec cette façon de faire.

Humilité

Le silence permet aussi l’apprentissage de l’humilité. Plus de prise de paroles à tort et à travers. Plus de prise à partie des autres. La seule chose à faire est de se taire. Exercice salutaire pour tous, je pense qu’il est bon de l’élargir dans toutes les sphères de votre vie. Le fait de ne pas s’exprimer oblige à réfléchir sur ce qu’on allait dire, à en mesurer la pertinence.

Le silence m’a ainsi redonné l’importance de la Parole, je l’ai évoqué plus haut, et également des sons vibratoires, des mots sacrés. En Reiki, en Aïkido, les « koto damas » sont censés amener le pratiquant vers le monde subtil et déclencher, suivant le mot vocalisé, des effets sans commune mesure avec le signifiant ordinaire. Leur puissance, cachée pour le profane, est un outil qui doit amener l’initié sur une autre dimension. Une porte de plus pour moi… je retournerai au silence pour y réfléchir, laisser cette nouvelle piste prendre sa place.

Contemplation

Dans la tradition judéo-chrétienne, le silence trouve sa signification dans la contemplation. Le moine recherche dans le silence le silence de Dieu. Le bouddhisme, lui, ne se réfère pas à une religion, mais à une expérience vécue. Le Bouddha lui-même a dit :

« Ne faites pas ceci ou cela parce que je l’ai dit moi-même, mais faites-en l’expérience vous-mêmes, vérifiez-le par votre pratique ».

Au cours de l’expérience bouddhiste, nous faisons l’expérience du silence dans son interprétation la plus profonde, le silence sans formes, ni schémas conceptuels. C’est quelque chose qui me parle énormément. Mon vécu de méditant et d’aïkidoka rejoint plus le vécu bouddhiste que la retraite monastique.

Une expérience qui n’est plus basée sur des mots, sur des idées, est ce qu’on appelle une réalisation. La pratique du silence recouvre donc en fait la totalité du chemin spirituel.

Silence et transmission du savoir

Un Maître véritable est celui qui sait où en est le « disciple » et ce qu’il doit faire pour arriver à une sagesse connue de lui seul, qui va le conduire, d’étape en étape, à la découvrir. Mais qui balise le chemin quand nous sommes d’« éternels apprentis maîtres » ? Qui connaît tous les degrés des « ténèbres » à la « lumière » ?

Paradoxalement, les formulations écrites ou verbales sont, dans l’immédiateté du début, secondaires. La transmission apparaît davantage dans le silence, comme une transmission de cœur à cœur, une méditation dans l’harmonie et non une transmission de formules ou de savoirs.

Silence et harmonie

Car au bout de la route, le silence revient vers l’harmonie. Dans le calme, tout « prend sa place ». Les futilités du quotidien s’estompent et les valeurs qui comptent à mes yeux ressurgissent. Cette harmonie vécue, je la ressens uniquement dans le silence, le vrai, celui que j’atteins encore rarement. La méditation est un chemin qui mène vers ce rivage, au fond de moi, où dans le calme paisible, les ailes du silence me frôlent doucement. Cette harmonie, connue dans le silence, il faudra ensuite la porter et la rayonner dans le monde extérieur.

Voilà, maintenant il est l’heure de vous laisser, alors, chut, plus un bruit, et, dans le silence, écoutez l’ange passer……

Philippe de Plume-Active

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25 commentaires on Ecoutez le silence !

  1. Marie Souffron dit :

    Devant de tels arguments, je ne peux que me taire !
    Tout de même, je vous remercie pour ce bel article.

  2. Annie dit :

    Superbe article.
    La phrase sur l’écoute m’a particulièrement interpelée, je croyais savoir écouter, maintenant j’en doute …

    • Philippe dit :

      Bonsoir

      oui, cette phrase m’a également fortement marquée et aujourd’hui encore, je me la répète régulièrement

      au plaisir de vous lire

      Philippe

  3. nadir dit :

    nous avons tellement enfoui notre être nous les couches pesantes de notre ego,que nous avons besoin du silence pour l écouter nous dire combien nous lui manquons.
    nadir.

  4. Virginie dit :

    Le silence fait peur car dans notre société, il est associé à l’ennui…. J’ai d’ailleurs moi-même beaucoup de difficultés à me taire mais devant une tel argumentaire sur le SILENCE, je me dois de le respecter et de l’écouter.Simplement, merci

  5. m dit :

    merci pour ces “mots”
    je ne suis pas capable de m’exprimer aussi bien que vous, mais je ressens profondément ces mots

  6. mahine dit :

    Merci pour l’article .Le silence est un remede,il est la construction et le developpement de l’ame.Dans le silence on se fortifie et on retrouve la veritable orientation que nous cherchons.

  7. Bastien dit :

    Merci pour ce moment de silence;-)

    Le silence a le pouvoir d’ouvrir des portes que la parole ne peut effleurer!
    Belle journée ensoleillée de printemps à tous!

    Bastien

  8. Said dit :

    Bonjour,

    C’est beau le silence, l’absolu pour entendre ou ressentir la création?
    Et le vide? L’espace vide où règne le silence et dans lequel évoluent les électrons source d’énergie dans l’infiniment petit et leur équivalents dans l’infiniment grand.

    Said

  9. EXBRAYAT dit :

    Ecoutons ce que le silence nous dit……

  10. lysiane dit :

    Bien bel article Phil,
    pour ma part, je trouve le silence un peu partout, c’est devenu une habitude, même dans le tumulte…
    L’autre jour un collègue me demandait si les gros travaux dans le couloir en face de mon bureau ne me dérangeaient pas pour travailler, il fut surpris quand je lui ai répondu : ” Ah oui? Ils font du bruit?”
    Mon silence intérieur s’installe là où je veux bien le déposer, et d’ailleurs point aussi silencieux qu’il n’y paraît puisque dans ces moments là, ce sont mes vibrations que j’écoute, elles chantent en moi…
    Le silence n’est pas une absence de bruit, c’est un état 🙂
    Merci encore pour cet article.
    Lysiane

    • Philippe dit :

      Bonsoir Lysiane

      encore un point commun , cette faculté de passer sur le silence intérieur, si agréable dans le tumulte de l’extérieur 😉

      a très vite

      Phil

  11. Daniel dit :

    Bonjour Olivier et Philippe,

    magnifique article qui, comme le silence, doit s’apprécier “religieusement”.

    J’aime bien regarder les jeux télé comme QVGD Millions ou Money Drop. Je consate à chaque fois que les personnes évacuent leur stress, ou tentent de donner le change pour ne pas passer pour des incultes, en nous noyant sous des flots de paroles souvent inintéressantes au possible!

    Beaucoup de personnes parlent pour éliminer leur stress, pour s’auto-convaincre, pour meubler le silence qui leur fait si peur.

    Pour ma part, la maladie m’a appris à écouter et apprécier le silence, et à faire cette plongée en soi-même dont tu parles Philippe:
    “En l’absence de nos supports familiers, nous
    sommes directement confrontés à nous-même, un personnage que nous ne connaissons pas, un étranger déroutant avec qui nous avons toujours vécu mais que nous n’avons jamais voulu vraiment connaître. N’est-ce pas pour cette raison que nous nous efforçons de remplir chaque instant de bruit et d’activités, même
    futiles et ennuyeuses, afin de nous assurer que nous ne resterons jamais seuls, en silence, en compagnie de cet étranger ?” Sogyal Rinpoché
    Merci pour ce bel article utile!

    • Philippe dit :

      Bonsoir Daniel

      tes mots font écho à une situation fréquemment vécue : les gens ont peur du silence et se sentent souvent obligés de parler. c’est le même “remède” que la TV pour ne pas laisser les pensées prendre de la place 😉
      a très vite
      Phil

  12. Enzo Ventura dit :

    Bonjour Phil,

    Eh oui encore un de réussi !

    Je vais rejoindre Lysiane sur ce coup, le silence c’est un état pour moi également.
    Mais c’est je crois ce que tu appel une attitude zen n’est-ce pas ?

    Merci à Olivier et à Phil pour ce partage

    • [email protected] dit :

      Un état de plénitude dans le tumulte du monde, n’est-ce pas Enzo? 🙂

      Il y a des blogs qui sont vraiment des petits joyaux sur cette toile et parmi tous ceux qui me sont chers, il y a, entre autres, celui d’Olivier et de Phil…
      Merci encore à vous deux !

    • Philippe dit :

      Bonsoir Enzo

      oui, pour moi une zen habitude est un état , état d’esprit , état dans l’être et le faire …ou le non faire 😉

      a très bientôt

      Phil

    • Philippe dit :

      Bonsoir tit soeur

      je me suis mélangé les pinceaux avec la réponse à Enzo 😉

      merci pour tes ptits mots ,ce blog vaut surtout pas ses lecteurs et lectrices 🙂

      a très vite

      Phil

  13. Nadia dit :

    Bonjour Philippe,
    quel beau discours sur le silence. Comme toujours, tu vas au fond des choses comme au fond de toi-même.

    A bientôt
    Nadia

  14. jacline dit :

    Très bel article ! j’aspire de toute mon âme à ce silence, mais le plus souvent il est parasité par mon bruit intérieur …. des voix qui ne se taisent jamais,qui commentent, critiquent, doutent, rationalisent, planifient…etc, alors je parle pour ne pas l’entendre … Le silence est pour moi une rareté précieuse .

  15. Philippe dit :

    bonjour

    Merci. c’est très difficile d’accepter son propre silence et de laisser venir tout ce qui sort 😉
    La méditation est une aide précieuse aussi.
    Sur mon blog, je parle de zen habitudes aussi pour travailler sur tout cela

    au plaisir

    Philippe

  16. Christophe dit :

    Merci Philippe pour cette réflexion éclairée que tu nous fais partager.
    Je souhaiterai communiquer avec toi des Arts Martiaux, selon tes disponibilités sachant que je travaille de midi à minuit.

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