Pour devenir plus zen au quotidien

La musique adoucit les mœurs : mythe ou réalité ?

Depuis l’Antiquité, l’adage « La musique adoucit les mœurs » traverse les époques et s’impose comme une vérité universellement admise. Cette expression trouverait ses origines dans les écrits du philosophe grec Aristote, qui attribuait à la musique une influence morale et éducative sur l’âme humaine. Mais qu’en est-il réellement ?

la musique adoucit les moeurs réalité
Credit : Dante Munoz for Pexels

Un soir ordinaire, après une journée longue et dense : une rame de métro bondée, des épaules hautes, des regards qui se frôlent sans se croiser, et cette fatigue qui rend tout le monde un peu plus… à cran. Puis quelqu’un met ses écouteurs. Vous ne l’entendez pas, mais vous le voyez : ses épaules s’abaissent, son front se déplisse, sa respiration s’allonge. Et pendant quelques stations, le monde semble lui redevenir plus doux, presque respirable.

Note : Cet article invité a été écrit par Cristina G., auteure du blog The Music LInes, consacré à la musique engagée et notamment sur les pouvoirs magiques de la musique sur l’être humain et sur la société.

Un proverbe antique… mais pas un bouton “calme” automatique

La musique adoucit les mœurs : on aime l’idée parce qu’elle est rassurante. Déjà, des penseurs de l’Antiquité voyaient la musique comme une force qui éduque le caractère, capable d’élever l’âme. Platon explique que la musique façonne le caractère, au point que certains usages peuvent “ramollir” l’âme si on s’y abandonne sans mesure. Aristote, lui, insiste sur le fait qu’elle n’est pas qu’un loisir : elle peut former l’esprit et participer à l’éducation à la vertu, parce qu’elle nous habitue à ressentir “juste”.

Dans d’autres traditions, la musique reflète l’état d’une société et participe à son harmonie…ou à son désordre. Dans la pensée indienne (théorie du rasa), la musique est conçue pour faire naître des climats émotionnels précis et chez certains philosophes du monde islamique médiéval (comme Al-Fârâbî), elle est vue comme une pratique capable d’agir sur l’âme et les dispositions intérieures donc, indirectement, sur la vie ensemble.

Elle peut vous calmer… ou vous mettre en mode “émeute intérieure”. Elle peut rassembler… ou transformer un dîner de famille en débat sur “c’était mieux avant”. Bref, l’adage n’a pas tort : il dit vrai, mais il ne se déclenche pas à tous les coups.

Ce que la science confirme (et ce qu’elle nuance)

Le cerveau adore la musique (et il le montre).

Quand une musique vous procure un plaisir intense, le cerveau active ses circuits de récompense, avec une libération de dopamine, ce “messager chimique” lié au plaisir et à la motivation. Ce n’est pas une formule : c’est validé par la recherche, et souvent perceptible très vite dans le corps (respiration, tension artérielle, rythme cardiaque).

Et cela explique pourquoi une chanson peut parfois « sauver » une journée. Un morceau devient alors un interrupteur : pas pour effacer le réel, mais pour changer votre état intérieur face au réel. Vous ne modifiez pas la rame de métro, ni la pile de mails, ni les soucis du moment mais vous récupérez un peu de latitude. Comme si la musique vous rendait quelques centimètres d’espace mental : assez pour choisir votre réponse, plutôt que de subir la réaction.

Le corps suit le tempo

Certaines musiques sont associées à une baisse de paramètres physiologiques (rythme cardiaque, respiration, tension), comme si le corps “se recale” sur un tempo plus doux. On le sent parfois très concrètement : la mâchoire se desserre, le souffle descend dans le ventre, les pensées ralentissent d’un cran. Mais, nuance essentielle : l’effet dépend énormément de la personne, du moment, et du style de musique.

Les lecteurs de cet article ont également lu :  L'art perdu de la solitude

Le point clé : ce n’est pas “la musique” en général. C’est votre musique, au bon moment. Celle qui, pour vous, agit comme un repère : elle ne vous endort pas, elle vous recentre. Et dans une journée agitée, ce recentrage peut suffire à retrouver de la clarté dans vos idées.

En contexte de soin, ça peut aider

Dans les hôpitaux, en psychiatrie, en oncologie, en douleur chronique, la musicothérapie et les interventions musicales sont étudiées depuis longtemps. Des synthèses récentes concluent à des effets possibles sur l’anxiété, la douleur ou l’humeur, selon les contextes et la manière dont c’est pratiqué.
Ce n’est pas une pilule miracle mais un outil complémentaire, souvent simple, peu coûteux à mettre en pratique, et parfois franchement impressionnant.

Le vrai super-pouvoir : la musique crée du lien (même quand on ne se parle pas)

On croit souvent que la musique, c’est une bulle individuelle. En réalité, c’est aussi un “logiciel social”. Quand on chante ensemble, qu’on tape dans les mains, qu’on danse au même rythme, il se passe un phénomène discret mais profond : les corps et les émotions se synchronisent.

C’est simple et inattendu : se mettre au même rythme, c’est déjà se mettre un peu d’accord.
Voilà sans doute la version la plus réaliste du proverbe : la musique adoucit les mœurs quand elle remet du “nous” là où il n’y avait que du “moi contre les autres”.

Les bienfaits de la musique : pourquoi en écouter

Oui, la musique peut aussi échauffer les esprits (et ce n’est pas un bug 🙂)

Marches militaires, hymnes nationaux, chants de stade : la musique sait amplifier l’énergie collective, parfois jusqu’à la tension. Le rythme, la répétition, l’unisson… tout cela peut souder et parfois durcir. On n’est plus tout à fait “moi”, on devient “nous”, porté par une pulsation commune. C’est puissant, et ça peut être beau. Mais ça peut aussi réduire la nuance, gommer l’individu et simplifier le monde.

C’est pour ça que l’adage ne doit pas être balayé, mais mieux compris : la musique n’adoucit pas toujours. Elle intensifie ce qu’elle rencontre : fatigue, colère, élan, solidarité. Elle n’agit pas sur nous comme un bouton “reset”. Elle nous révèle comme un miroir, parfois apaisant, parfois brutal, souvent très juste.

Comment choisir “la bonne musique” selon votre besoin (sans se tromper) ?

Parce que oui, on peut rater son coup : tenter de se calmer avec un morceau qui vous excite, c’est un peu comme boire un espresso pour s’endormir. La question utile n’est pas “quelle musique est la meilleure ?”, mais quelle musique est la plus adaptée à l’état dans lequel je suis.

Voici une boussole simple (et très pratique) :

  • Si vous êtes tendu / en surchauffe mentale : privilégiez une musique prévisible, sans surprises brutales (rythme stable, peu de ruptures). L’objectif n’est pas l’émotion forte, mais la régulation.

  • Si vous êtes triste / vidé : une musique “miroir” peut aider (elle valide l’émotion), mais l’idéal est un morceau qui ouvre une porte : pas une chanson dépressive qui répète à votre oreille que “tout va mal”, mais plutôt une chanson qui vous suggère “je vais traverser cette épreuve”.

  • Si vous êtes en colère : la musique peut servir de “sas”, on laisse sortir la pression sans la diriger contre quelqu’un. Là, un titre plus énergique peut être utile, à condition qu’il décharge au lieu d’entretenir la rumination.

  • Si vous vous sentez seul : choisissez un morceau qui donne une sensation de présence (une voix proche, un live, un chœur). Parfois, une interprétation imparfaite mais humaine fait plus de bien qu’un son trop lisse.

Astuce concrète : créez 3 mini-playlists de 3 titres (pas 50, sinon vous ne les utiliserez jamais) : 1) Apaiser, 2) Relancer, 3) Se sentir relié à la nature.
Vous aurez votre “pharmacie musicale” sans ordonnance, et surtout sans y passer une heure.

la musique engagée adoucit les moeurs

Et la musique engagée dans tout ça ?

Quand la musique remet du sens là où tout devient flou. Elle remet des mots sur ce qu’on n’arrive plus à dire, et parfois elle nous redonne une direction. La musique engagée est précieuse pour ça : elle transforme une émotion isolée (“je ne suis pas bien”) en quelque chose de partageable (“nous ne sommes pas seuls”) et, de temps en temps, en élan.

Les lecteurs de cet article ont également lu :  5 excellentes raisons de conduire plus lentement

Elle ne vous dicte pas quoi penser : elle vous aide à clarifier ce que vous ressentez. Et ce simple passage de la confusion à une phrase, d’une phrase à une prise de conscience peut changer la façon dont on traverse une journée, une période ou une difficulté. Dans une époque saturée d’informations, elle fait l’inverse : elle ralentit, elle simplifie et elle pointe l’essentiel. Elle nous relie à une cause, mais aussi à une communauté : celles et ceux qui, avant nous, ont ressenti la même chose et ont choisi de ne pas se taire.

Chez The Music Lines, c’est exactement ce que nous cherchons : ces chansons qui ne font pas la morale, mais qui nous tiennent compagnie et nous remettent debout. Si ce lien “émotion → conscience → action” vous parle, on vous invite à lire notre article majeur sur Grand Corps Malade.

Et c’est peut-être là qu’on peut réconcilier le proverbe : la musique engagée n’adoucit pas les mœurs comme une baguette magique. Elle ne gomme pas la colère, elle ne neutralise pas les conflits. Mais elle peut adoucir autre chose : notre rapport à la colère, notre façon d’écouter, notre capacité à transformer une réaction brute en conscience puis en geste plus juste. En ce sens, oui : quand elle met des mots, quand elle relie, quand elle ouvre un espace de discernement, la musique engagée “adoucit les mœurs”… non pas en nous rendant gentils, mais en nous rendant plus lucides, donc plus humains.

En conclusion : la musique n’est pas un calmant, c’est un révélateur

La formule “la musique adoucit les mœurs” dit vrai… à condition de cesser d’en faire une promesse automatique.
La musique peut apaiser, relier, soutenir et parfois électriser. Sa force n’est pas d’effacer les conflits, mais de créer des espaces où l’écoute redevient possible.

Et si l’adage avait surtout un mode d’emploi ?
Pas “écoutez n’importe quoi, n’importe quand”, mais : “écoutez mieux, autrement et choisissez ce dont vous avez besoin.”

Cristina G., auteure du blog The Music LInes

Sources (articles “fondateurs” et travaux récents) :

  1. Salimpoor, V. N., Benovoy, M., Larcher, K., Dagher, A., & Zatorre, R. J. (2011). Anatomically distinct dopamine release during anticipation and experience of peak emotion to music. Nature Neuroscience, 14(2), 257–262.

  2. Zatorre, R. J., & Salimpoor, V. N. (2013). From perception to pleasure: music and its neural substrates. Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), 110(Suppl 2), 10430–10437.

  3. de Witte, M., Aalbers, S., Vink, A., Friederichs, S., Knapen, A., Pelgrim, T., Lampit, A., Baker, F. A., & van Hooren, S. (2025). Music therapy for the treatment of anxiety: a systematic review with multilevel meta-analyses. EClinicalMedicine, 84, 103293.

  4. Yang, K.-L., Detroyer, E., Niu, M.-M., Hoogma, D. F., Tian, J.-H., Rex, S., & Milisen, K. (2025). Music intervention as a strategy to reduce preoperative anxiety: an umbrella review. BMC Anesthesiology, 25(1), 410.

  5. Li, G., et al. (2024). Effects of Perioperative Music Therapy on Patients with Postoperative Pain and Anxiety: A Systematic Review and Meta-Analysis. Journal of Integrative and Complementary Medicine, 30(1), 37–46.

  6. Zhao, N., Lund, H. N., & Jespersen, K. V. (2024). A systematic review and meta-analysis of music interventions to improve sleep in adults with mental health problems. European Psychiatry, 67(1), e62.

  7. Salihu, D., Chutiyami, M., Bello, U. M., et al. (2024). A meta-review of systematic reviews on the effectiveness of music therapy on depression, stress, anxiety and cognitive function in adults with dementia or cognitive impairment. Geriatric Nursing, 60, 348–360.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bienvenue sur Habitudes Zen, qui propose quelques uns des meilleurs articles du blog Zen Habits de Leo Babauta, traduits en Français par votre serviteur, avec sa permission, plus quelques articles personnels.