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Le non-agir : comment apprendre à lâcher prise avec la philosophie chinoise ?

En Occident, la philosophie chinoise du non-agir est mal comprise. On s’imagine que le non-agir consiste à ne rien faire.

Or cette notion chinoise ne consiste pas à s’asseoir les pieds en éventail pour attendre que l’on vous serve un bon cocktail.

Nous allons voir dans cet article comment le concept chinois du non-agir peut vous être d’une grande aide afin de vivre une vie plus harmonieuse et riche de sens.

Note : cet article invité a été écrit par Samuel Tessier du blog Oncle Tao.

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Définition du non-agir

Le non-agir, wuwei en chinois, ne signifie pas ne rien faire. Cette notion chinoise consiste plutôt à attendre la situation propice pour agir. Ainsi, au lieu d’engager le combat, le général chinois attend que la situation lui soit favorable afin d’en tirer parti.

Cette forme d’action nécessite de cultiver un état d’esprit dépouillé d’ego, de volonté, de contrôle ou de manipulation. L’action juste dans la pensée chinoise découle d’une écoute fine de la situation. Elle est l’action du sage qui parvient à s’effacer, à se libérer de lui-même afin d’agir dans le plus grand détachement.

En fin de compte, comme l’explique cet article, le non-agir est une forme d’action qui se déploie en dehors de toute volonté de résultat. Il consiste à vouloir épouser l’harmonie plutôt que de chercher à obtenir un résultat concret. Ainsi il se nourrit de lui-même. Cette action porte en elle-même une satisfaction : celle de s’accorder à l’ordre des choses.

Les origines du non-agir

Le concept du non-agir appartient à la philosophie taoïste. Son apparition provient d’un texte taoïste célèbre, le Tao Te King, «Le livre de la voie et de la vertu», dont la rédaction est attribuée à Lao Tseu vers -600 av. J-C.

Selon le taoïsme, le monde est gouverné par un principe ordonnateur de toute chose : le tao. C’est en étant à l’écoute de ce principe que l’individu peut s’accomplir dans l’action.

Ainsi, selon cette pensée, le non-agir consiste à agir dans un souci d’harmonie de soi et du monde. Il s’agit d’un mode d’action imprégné de douceur et de bienveillance.  

Le principe du non-agir est aussi un modèle de conduite dans le Confucianisme. 

Pour Confucius, le prince idéal est celui qui fait régner simplement par sa tenue. Il inspire le respect par sa maîtrise des rites et sa grande dignité. 

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Pourquoi cette incompréhension du non-agir ?

Cette incompréhension de la pensée chinoise vient du fait que l’Occident a toujours valorisé l’action.

En effet, l’histoire de l’Occident est profondément imprégnée d’héroïsme.

Dans la Grèce Antique, les hommes vivaient dans l’espoir que leurs exploits soient chantés par leurs ancêtres. L’action n’avait un sens que si elle était remarquée des contemporains.

Nous avons ainsi été marqués dans notre culture par les aventures d’Achille, d’Ulysse ou d’Hector.

Par la suite, la période du Moyen-Âge se caractérise par les grandes croisades. En 1095, le Pape Urbain II lance un appel aux chevaliers et princes pour reconquérir la terre sainte. À partir de cette époque, de grandes expéditions militaires sont conduites vers Jérusalem afin de protéger les chrétiens d’Orient des sarrasins.

Ces épopées sont contées notamment dans les romans de la Table Ronde de Chrétien de Troyes. Elles ont une empreinte puissante dans la culture occidentale. L’action apparaît alors dans des grands exploits chevaleresques. 

Cette valorisation de l’action en Occident nous conduit aujourd’hui à vouloir faire toujours plus. Nous nous efforçons d’agir en permanence en oubliant nos limites naturelles, ce qui conduit parfois à des burn-out.

Le non-agir présente une alternative intéressante à notre conception de l’action afin de prendre davantage soin de notre santé physique et mentale.

Le non-agir : aimer le chemin plutôt que le résultat

Un autre aspect du non-agir consiste à abandonner l’idée d’un résultat dans notre action. En Occident, notre action est habituellement conditionnée à la volonté d’atteindre un résultat.

Par exemple, nous souhaitons nous mettre au sport afin de perdre du poids. Or, le problème est que ce fonctionnement nourrit de grandes frustrations. Car en effet, le résultat de nos actions ne dépend pas que de nous.

La philosophie chinoise nous apprend à faire le deuil de cette volonté toute-puissante. Elle nous invite plutôt à nous engager pleinement dans le processus de notre action. 

Le philosophe allemand Eugen Herrigel a étudié ce processus au travers de l’art du tir à l’arc.

Dans son livre, «Le Zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc», l’auteur décrit la pratique du tir à l’arc comme un exercice au non-agir.

Il parle du tir à l’arc comme d’une discipline visant à former le mental du pratiquant. Cette pratique permet d’apprendre à mettre de côté notre volonté pour nous accorder à la réalité.

L’archer zen apprend à dépasser la dualité des choses pour ne faire plus qu’un avec la cible.

Apprendre à harmoniser ses émotions

Le non-agir s’inscrit dans la grande sagesse chinoise qui vise à cultiver une bonne santé émotionnelle.  

En Chine, toute tension dans le corps est le signe d’une mauvaise circulation énergétique, souvent liée à des blocages émotionnels.

Le non-agir offre un terrain favorable à la circulation fluide des émotions. Cette disposition prône une forme de lâcher prise face aux émotions qui se manifestent à nous de façon à en être plus libre.  

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Cette attitude procure un soulagement profond. Car au lieu de s’opposer à nous-même, elle nous offre la possibilité d’être tout simplement nous-même.

Le non-agir prône ainsi une forme d’authenticité dans la vie de tous les jours. Il s’agit de ne plus se mentir à soi-même, de ne plus tenter de refouler nos émotions pour les laisser s’exprimer librement. 

Finalement, selon la sagesse traditionnelle chinoise, le non-agir permet de nourrir la vie en nous. Cette attitude nous donne des clefs pour vivre en meilleure santé au quotidien en prenant soin de nos émotions et de nos états intérieurs.

3 étapes pour mettre en pratique le non-agir

lâcher prise et mettre en pratique le non-agir

Le non-agir repose sur une certaine éthique. Il nécessite de cultiver une attitude d’humilité, de bienveillance et de tolérance.

Il ne s’agit pas d’une technique de développement personnel visant à devenir un superhéros ou un maître spirituel. Le non agir est plutôt une voie pour travailler à l’harmonie envers soi-même et les autres. 

Parmi les pratiques chinoises permettant de s’exercer au non-agir, la méditation est la voie royale. Elle vous apprend à abandonner l’idée de vouloir réussir. Elle est simplement une invitation à vous laisser vivre de façon à ce que vous vous sentiez en harmonie avec le monde.

Voici 3 étapes concrètes pour mettre en pratique le non-agir dans votre vie :

  1. Commencez par abandonner l’idée d’un but quelconque à votre action. Si vous faites un gâteau au chocolat par exemple, acceptez que ce gâteau puisse être raté ou que sa préparation prenne plus de temps que prévu. Partez du principe que le résultat de votre action ne vous appartient pas.
  2. Ensuite, connectez-vous à vos sensations corporelles. Vous pouvez porter attention à votre corps ainsi qu’à votre respiration pour vous aider. L’objectif ici est de lâcher prise avec le mental.
  3. Enfin, faites-vous confiance. Une fois que vous êtes pleinement engagé dans l’action, laissez-vous agir naturellement. L’objectif ici est d’être pleinement présent dans ce que vous faites.

Conclusion

Le non-agir est un concept issu de la philosophie taoïste qui s’oppose à la conception occidentale de l’action. Le non-agir nous invite à abandonner l’idée de vouloir contrôler ou réussir notre vie. Il s’agit plutôt d’apprendre à agir en harmonie avec la situation en étant à l’écoute de soi-même et des autres. Cette attitude n’est pas une nouvelle technique de développement personnel. Elle repose plutôt sur une véritable éthique de vie cultivant l’ouverture, l’humilité, la tolérance, et la bienveillance. 

Samuel Tessier du blog Oncle Tao.

Sources et références : 

  • Eugen Herrigel, 1998, Le zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc,
  • Les entretiens de Confucius, texte complet
  • Anne Cheng, 2014, Histoire de la pensée chinoise
  • Lao Tseu, Tao te king, traduit par Stephen Mitchell
  • Tchouang-tseu, Les Œuvres de Maître Tchouang, traduit par Jean Levi
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